Nous sommes finalement, d’une certaine façon, moins libre que nous le croyons. Pourtant, nous pouvons reconquérir notre liberté et sortir de la répétition, en comprenant ce qui se passe, en saisissant ces fils dans leur contexte et dans leur complexité. Nous pouvons enfin vivre ainsi « notre » vie, et non celle de nos parents ou grands-parents, ou d’un frère décédé, par exemple, que nous « remplaçons », à notre su ou insu…
La psychogénéalogie et les liens transgénérationnels est un sujet qui m’intéresse particulièrement en ce moment, pas seulement pour le projet secret. En vérité, c’est un sujet qui m’intéresse depuis très longtemps. Mais qui est venu de manière assez bizarre : pendant la majeure partie de ma vie, je ne me suis absolument pas intéressée à mes ancêtres, et quand je dis pas, c’est vraiment que je faisais un rejet, parce que j’y voyais une sorte de prison. Lorsque j’ai fini par faire mon arbre généalogique il y a quelques années, mue par une impulsion, je me suis rendu compte qu’aussi loin que je suis remontée (vers 1600, environ), tous mes ancêtres sont nés et morts dans le même patelin ou celui d’à côté, et n’en ont bougé, pour les hommes, que pour aller à la guerre, et moi, cet enracinement, cela m’angoisse. En tout cas, il est clair que ma bougeotte n’est pas transgénérationnelle (ni mes goûts de luxe).
Pourtant, je me suis aussi rendu compte que c’est par là que certaines choses bloquaient. Et suite à plusieurs synchronicités, j’ai eu envie de me plonger dans le best-seller sur le sujet.
Dans son essai, Anne Ancelin Schützenberger part du constat que nous sommes tous pris dans des réseaux de fils invisibles qui nous poussent à reproduire certains schémas, certaines maladies, certains comportements ou accidents, et que reprendre le pouvoir sur sa vie et sortir de ces répétitions passe par la compréhension de ce qui se passe afin de saisir les fils dans leur contexte et leur complexité. L’un des principaux outils présentés est celui du génosociogramme, un arbre généalogique commenté avec les événements marquants et les relations.
Le concept le plus important est celui des loyautés invisibles au sein du système familial : chacun compte sur les autres membres pour régler ses dettes et maintenir la justice, et ce sont ces dettes intrafamiliales (mais aussi parfois des secrets qui engendrent ce qu’en psychogénéalogie on appelle cryptes et fantômes), qui sont parfois trop dures à porter et dont on ne peut pas se libérer, d’autant qu’elles sont souvent inconscientes et se traduisent par des maladies, des accidents répétitifs à des dates anniversaires, des empêchements par exemple à sortir de sa classe sociale d’origine, car une « reconnaissance éternelle » est exigée par le système familial. Et c’est bien tout le système et ses croyances qu’il faut traiter, et non l’individu seul : il est nécessaire de comprendre les règles, de ramener à la conscience les loyautés et la manière dont elles s’élaborent afin de pouvoir les recadrer, et libérer le système.
Le problème est complexifié par le fait que chacun est issu de couples mixtes : cela est évident lorsqu’il est question d’ethnies, de religions, de cultures, de langues voire de classes, mais dans les faits (à part dans les familles où on pratique l’endogammie, ce qui génère d’autres problèmes), nous venons tous de deux familles différentes, tout comme nos parents, nos grands-parents etc., et qu’il est parfois difficile, pour un individu, de savoir où se situe sa loyauté.
Trouver ces loyautés invisibles est donc une enquête sur soi, qui consiste à tirer un fil rouge.
Reste la question : comment se fait cette transmission ? Et elle n’a pas de réponse, seulement des hypothèses : une engrammation, c’est-à-dire une trace laissée dans la mémoire par les événements dans le fonctionnement bioélectrique du cerveau (à laquelle on peut ajouter les travaux récents sur l’épigénétique) ? Une communication des inconscients (Françoise Dolto notamment pensait que les inconscients de la mère et de l’enfant étaient liés, notamment par les rêves que la mère transmettait au foetus in utero) ? Une dernière hypothèse, à laquelle Anne Ancelin Schützenberger ne souscrit pas mais qui me semble intéressante, celle de la réincarnation (à laquelle j’ajute, parce que c’est une piste que j’ai moi-même explorée : celle des « esprits ») ? Tout cela à la fois ?
Bref tout cela est passionnant, et j’ai vraiment résumé à gros trait cet ouvrage d’une grande richesse, qui m’a beaucoup intéressée, et m’a donné de nouvelles pistes d’approfondissement. J’ai trouvé néanmoins que cela manquait de rigueur dans la construction, ce qui fait qu’elle se répète beaucoup et que la progression n’est pas fluide, ni logique. J’ai aussi trouvé que c’était un peu trop freudien par moment, ce qui fait que certaines études de cas (au demeurant passionnantes) m’ont un peu fait tiquer, et j’y aurais bien ajouté parfois des concepts jungiens. Et (mais ce n’est pas un reproche), je reste avec beaucoup de questions concernant le génosociogramme : on est supposé y mettre les événements traumatiques, et elle donne à plusieurs reprises l’exemple des viols, des avortements et des fausses couches, et concernant notamment ces deux derniers (mais même le premier) je me demande bien comment on est supposé le ramener à la conscience (le savoir, oui, mais mettre des mots dessus, je suis interrogative).
En tout cas, me voilà relancée dans la généalogie, et sur le projet secret. J’ai trouvé des pistes intéressantes, mais qui pour l’instant m’ont menée à une impasse. Je n’ai toujours trouvé aucun moyen de mettre la main sur mon ancêtre secret, et pourtant bizarrement je suis certaine qu’il a des choses à me dire. Et je suis tombée sur une synchronicité affolante, dont je n’aurai probablement jamais la clé car les gens qui pourraient m’apporter des réponses sont tous morts et enterrés depuis longtemps.
Un ouvrage d’introduction et plutôt grand public (même si le début est parfois un peu complexe d’un point de vue théorique), à lire si vous vous intéressez à vos ancêtres, ou avez des problèmes à régler avec eux !
Aïe, mes aïeux ! (lien affilié)
Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER
Desclée de Brouwer, 1993 (2009)









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