Mon année Salinger, de Joanna Smith Rakoff

Assises toute la journée, jambes croisées, sur nos fauteuils pivotants, nous répondions à l’appel de nos patrons, nous accueillions les auteurs avec le juste mélange d’enthousiasme et de distance, sans jamais trahir le fait que nous étions entrées dans cette branche non pour proposer des verres d’eau aux écrivains de passage, mais parce que nous voulions nous-même devenir écrivains, et que cela semblait être la manière la plus socialement acceptable d’y parvenir, même s’il commençait déjà à nous apparaître clairement que ce n’était pas du tout la bonne.

Je crois que c’est Emma Gannon qui a mentionné ce livre dans l’un des épisodes de sa newsletter, mais sans certitude. Ce n’est pas très grave, l’essentiel est que, dès que j’ai eu connaissance de son existence, j’ai eu envie de m’y plonger. Même si de fait il est épuisé et n’existe qu’en occasion, ce qui n’est pas très pratique, mais j’ai réussi à en dénicher un exemplaire.

En 1996, après des études de lettres, Joanna Rakoff, qui ambitionne de devenir écrivaine, est engagée comme assistante dans une grande agence littéraire new-yorkaise, qui s’occupe notamment de Salinger, et d’ailleurs l’essentiel de son travail quotidien sera de répondre aux lettres que le mythique écrivain ne veut pas recevoir. Parallèlement elle apprend le fonctionnement d’une agence, la rédaction des contrats, la lecture des manuscrits et comment placer des textes dans des revues. C’est cette expérience, qui dure un an, qu’elle raconte ici.

Il ne s’agit pas d’un roman, mais de mémoires, et pourtant, on a bien l’impression de lire un roman d’apprentissage ou de formation, dans lequel une jeune héroïne (Joanna a 23 ans) devient adulte. Ici, l’apprentissage se fait sur le terrain professionnel (pour devenir écrivain, le seul chemin est d’écrire) que personnel (elle est en couple avec un drôle de loustic, red flag ambulant, et commence à le regretter). En un an, elle devient adulte… et écrivaine.

Moi qui ai toujours aimé les textes qui parlent des écrivains et du monde littéraire, j’ai été servie, avec ce cadre du New-York intellectuel et le fonctionnement d’une agence littéraire, qui m’a parfois fortement interloquée dans ses bizarreries. Il faut dire aussi que c’est quelque chose qui n’existe que très peu en France, et il s’agit donc d’une curiosité. Et tout cela m’a vivement intéressée.

Quant à Salinger, et le mythe Salinger, il est au cœur du texte, qui en est une sorte de miroir. Le fait est que je n’aime pas Salinger, même si le titre de travail de Tout écrivain doit avoir le cœur brisé était le Syndrome de Salinger et qu’il y est un peu question de lui. Je n’ai pas aimé L’Attrape-coeur (ou plutôt je n’ai pas compris pourquoi ce roman était culte pour certains car moi il m’a passablement ennuyée), et le bonhomme encore moins, après avoir lu Et devant moi le monde de Joyce Maynard. Ici, il apparaît plutôt sympathique : bizarre et capricieux, lunaire, un peu traité comme un enfant par son agente, mais pas méchant. Et la narratrice, qui découvre ses œuvres, l’apprécie. Et tout ce fil narratif, qui donne son titre au livre, reste passionnant, même si l’on n’aime pas l’écrivain en question.

Après, ce texte a le défaut du réel : tous les fils narratifs n’ont pas d’aboutissement, et je suis un peu restée sur ma faim concernant certains thèmes, d’autant que je m’étais beaucoup attachée à la narratrice. Mais c’est un défaut que la vie a souvent…

Mon année Salinger
Joanna SMITH RAKOFF
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Esther Ménévis
Albin Michel, 2014

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