Les débuts : par où recommencer, de Claire Marin

Cette impatience devant ce qui est sur le point de commencer fait l’intensité de certains débuts. Lorsqu’ils ouvrent une nouvelle partie ou un nouveau chapitre, ces tout premiers moments sont habités d’une intensité particulière. Mais par leur brièveté et parce que nous sommes déjà sur le coup d’après, toujours obsédés par ce qui est à venir, ils se dérobent parfois à notre conscience.

De Claire Marin, je m’étais déjà nourrie de Etre à sa place et de Rupture(s), mais je ne m’étais pas encore penchée sur ces Débuts. Ils étaient néanmoins dans ma liste, Géraldine en a fait récemment sa ressource du dimanche, et j’ai trouvé l’occasion parfaite en ce mois de janvier, début d’une année universelle 1, alors que le Tarot me harcèle d’As, la carte des commencements : je me sens au début de quelque chose de nouveau, avec son lot d’incertitudes, mais aussi d’impatience, d’espoir, d’exaltation, et d’un soupçon de peur. Cela m’a donc paru le moment idéal pour voir comment la philosophie pouvait m’aider à penser les débuts.

Dans cet essai, dont la réflexion se fait à sauts et à gambades, suivant un ordre plus poétique que logique, Claire Marin interroge les débuts, les commencements, ces seuils chargés d’intensité et d’impatience, auxquels on est parfois dépendants : la naissance, les incipit (il est beaucoup question d’écriture), les histoires d’amour, mais aussi parfois la maladie et le deuil, les débuts ne sont pas toujours ce qu’on croit. Parfois, on ne les voit pas, on ne les vit pas, ils se font sans nous. Parfois on les cherche, on les chasse, par besoin d’intensité et de nouveau. Parfois ils surgissent, comme une déflagration.

A la fois accessible et profond, émaillé de références tant philosophiques que littéraire, cet essai stimulant et nourrissant ouvre l’éventail des possibles, en questionnant plus qu’en affirmant, nous invitant à penser avec lui et à interroger nos débuts, nos commencements, nos premières fois. L’écriture de Claire Marin est souple, elle nous fait avancer et cheminer, utilisant parfois un « je » universel vivifiant, ce qui fait de cet essai une lecture particulièrement fluide et agréable.

Les chapitres consacrés aux débuts des histoires d’amour sont bien sûr ceux qui m’ont le plus bouleversée, et fait réfléchir : dans le roman, la modalité de l’amour est celle du coup de foudre, de « leurs yeux se rencontrèrent », et du début instantané. Mais dans la vraie vie, souvent le début de l’amour nous échappe, on se découvre amoureux mais on ne saurait indiquer le début, dire dans l’instant « ça y est, je suis amoureux, c’est le début d’une histoire » : on ne peut que se remémorer, a posteriori, ce qui s’est joué dans cet instant, que l’on marque comme le début, mais qui avait peut-être fonctionné par glissement. En fait, j’ai beaucoup à dire (à écrire) sur le sujet, j’en ferai l’objet de la prochaine Escale Poétique.

Quant aux chapitres sur la vita nova et le fait d’avoir plusieurs vies, de se réinventer en se révoltant contre l’assignation au passé en devenant un autre tout neuf, il m’a lui aussi beaucoup donné à réfléchir et je pense que nous en parlerons bientôt également.

Bref : cet essai m’a nourrie, enchantée, interrogée, m’a donné de nombreuses pistes de réflexion à suivre et confirmé que Claire Marin était une philosophe à lire, tant sa pensée est éclairante, pertinente et vivifiante. J’espère qu’elle publiera très vite un nouvel essai !

Les Débuts : par où recommencer ? (lien affilié)
Claire MARIN
Autrement, 2023 (Livre de Poche, 2024)

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