La joie porte en elle une puissance qui nous bouscule, nous envahit, nous fait goûter à la plénitude. La joie est une affirmation de la vie. Manifestation de notre puissance vitale, elle est le moyen que nous avons de toucher cette force d’exister, de la goûter. Rien ne nous rend plus vivants que l’expérience de la joie. Mais peut-on la faire émerger ? L’apprivoiser ? La cultiver ? Peut-on formuler aujourd’hui une sagesse fondée sur la puissance de la joie ?
En ce moment, je réfléchis beaucoup à la question de la joie, du bonheur, ce genre de choses : cela fait partie de mes sujets d’écriture, notamment lorsque chaque semaine je rédige mon post #leseldelavie sur Instagram. Je pense d’ailleurs qu’écrire les petites choses, les listes et les joies du quotidien sera le sujet d’un de mes premiers ateliers d’écriture. Bref, donc, j’y réfléchis, et récemment, Géraldine a consacré sa ressource du dimanche à cet essai de Frédéric Lenoir : La Puissance de la joie, que je n’avais étonnamment pas lu alors que Frédéric Lenoir est un auteur que j’ai pas mal pratiqué. J’ai donc eu envie de le découvrir.
Dans sa première partie, Frédéric Lenoir commence par distinguer trois notions que l’on pourrait confondre : le plaisir, qui est l’assouvissement d’un besoin ou d’un désir du quotidien, souvent liés aux sens, mais qui est éphémère et peut être nocif à long terme ; le bonheur, qui est une satisfaction durable qui ne trouve pas son origine dans les causes extérieures ; et la joie, une expérience intense, à durée limitée, une sorte de plaisir décuplé. Et c’est bien cette joie qu’il va s’attacher à comprendre dans son essai, en commençant, en deuxième partie, par interroger les philosophes de la joie : Montaigne, mais surtout Spinoza, Nietzsche et Bergson. Des trois, on retiendra que la joie est une puissance vitale. Ce qui nous fait nous sentir vivant.
Dans les chapitres qui suivent, l’auteur va chercher les trois voies d’accès à la joie.
La première voie permet d’accéder à des joies profondes, mais qui restent éphémères, grâce à certaines attitudes : l’attention, qui nous relie à nos sens, la présence, qui nous engage dans nos actions, la méditation, la confiance, la bienveillance, la gratitude, la persévérance dans l’effort, le lâcher-prise et la jouissance du corps, la sexualité étant une puissance de joie et de vie. Autant de joies puissantes, et indispensables, mais qui ne durent pas : elles sont surgissement, et nous envahissent avant de nous quitter.
L’auteur entreprend alors de nous aider à trouver les chemins pour rendre la joie plus constante. Ils sont au nombre de deux : le premier est celui qui consiste à aller vers soi, à se connaître afin de savoir ce qui nous convient et briser les chaînes de notre esclavage, de nos conditionnements ; le deuxième est celui qui consiste à aller vers les autres. C’est un chemin d’amour, d’amitié et de reliaison.
Frédéric Lenoir s’intéresse ensuite à ce qu’il appelle « la joie parfaite », qui est celle des saints et des sages dont on peut faire ponctuellement l’expérience, et qui suppose de dépasser l’ego et le mental pour aller vers le sentiment d’unité avec le monde. Ce qui nous mène à la joie de vivre, qui est celle du oui inconditionnel à la vie.
A la fois essai et récit d’expériences personnelles, nourri de références, ce livre m’a beaucoup intéressée et interrogée. J’en suis arrivée à la conclusion… que la sagesse n’était pas pour moi et même qu’elle ne m’intéressait pas. Je suis quelqu’un de plutôt joyeux, en tout cas en apparence, je trouve assez facilement la joie dans mon quotidien (même si probablement je confonds parfois joie et plaisir, et ce n’est pas grave), j’ai parfois accès au sentiment océanique et c’est une expérience magnifique, mais j’aime qu’elle reste éphémère, et qu’elle surgisse inopinément (même si, dans 90% des cas, elle surgit lorsque je suis dans l’eau ou près de l’eau). Et surtout, n’ayant toujours pas compris (mais peut-être un jour) la différence entre l’acceptation et la résignation, je ne souhaite pas m’en tenir à ce qui me rend triste et me prive de ma puissance de vie. Et c’est là en fait que je bute au niveau philosophique : si, comme le dit Spinoza, la joie vient de ce qui accroît notre puissance vitale et la tristesse de ce qui la diminue, comment être dans la joie permanente si on est empêché d’accroître sa puissance vitale ?
En fait il y a ici quelque chose qui me semble incohérent et incompréhensible, et au fond je ne suis pas sûre, encore une fois, que cela m’intéresse d’aller plus loin. Je crois que ce que j’aime, ce sont les petites joies et les grands plaisirs qui viennent intensifier la vie. Et je crois même, pour aller plus loi, que c’est ça que je suis venue expérimenter dans cette vie. Je me contenterai donc des trois premiers chemins ! Et cette réserve mise à part, qui est purement philosophique, éthique, existentielle, cet ouvrage m’a profondément nourrie !
La puissance de la joie (lien affilié)
Frédéric LENOIR
Fayard, 2015 (Livre de poche, 2017)








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