Le lien entre la nourriture et les émotions est l’un des plus profonds et intenses qui soit, pas seulement parce que beaucoup d’entre nous ont tendance à « manger leurs émotions » : j’admire ceux qui, lorsque la tristesse ou l’angoisse les envahit, sont capables de se retenir d’engloutir un pot de pâte à tartiner à la cuiller, ou toute autre nourriture réconfortante, en général trop grasse, trop sucrée, trop salée – c’est encore une injustice de la nature : les aliments les plus savoureux et enveloppants sont aussi ceux dont on nous répète qu’il faut les consommer avec modération. En fait, si l’on a tendance à manger ses émotions, c’est parce que savourer quelque chose de plaisant nous procure une émotion encore plus forte, une émotion agréable, qui vient terrasser l’émotion désagréable contre laquelle on lutte. Même si ce n’est pas toujours la solution, de lutter contre les émotions négatives.
Le fait est : de par les émotions qu’elle crée, la nourriture, avec l’odorat, crée des souvenirs particulièrement forts. Goûter un plat peut rappeler des souvenirs que l’on croyait perdus à des personnes souffrant de démence : c’est ce que l’on appelle la « thérapie culinaire« . Et tout le monde connaît la fameuse petite madeleine de Proust :
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.
Parfois, un aliment ou un goût nous répugne non par eux-mêmes, mais parce qu’on les a rencontrés dans le passé dans des circonstances malheureuses.
J’avais envie d’explorer en moi ces souvenirs et ces émotions. Partir à leur recherche, et les documenter. Et plutôt que de le faire simplement pour moi, j’ai créé un outil qui permettra à chacun de plonger dans ses propres souvenirs et émotions. Celui de la tarte au pomme de sa grand-mère, du poulet rôti du dimanche, de la barbe-à-papa de la fête foraine avant le premier baiser…
Cet outil, c’est le Carnet d’émotions gourmandes, qui vient de paraître.

Un carnet conçu pour garder une trace de toutes les émotions liées à la nourriture, ou partir à la recherche de celles que l’on croyait perdues.
Dans ce carnet de 143 pages, vous trouverez :
– Un questionnaire pour faire votre portrait de gourmand ou de gourmande et appréhender votre rapport à la nourriture
– Des planches fruits et légumes de saison à colorier
– 100 pages émotions dans lesquelles consigner vos expériences marquantes, qu’il s’agisse d’un souvenir, d’une sortie au restaurant, d’un dîner entre amis ou d’une nouvelle saveur. Vous pourrez y décrire vos sensations, et les émotions qui y sont associées. Remplir ces pages vous aidera à porter plus de conscience à vos expériences gustatives.
– 10 activités d’écriture imaginative ou introspective
– 15 fiches recettes pour inventer de nouveaux plats ou garder le souvenir de ceux que vous goûtez !
Quel plaisir, ensuite, de le feuilleter : comme un carnet de voyage, il vous rappellera de merveilleuses explorations au pays de la gourmandise !








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