Mon chez-moi est un bureau. L’amalgame d’un rêve. Mon chez-moi ce sont les chats, mes livres, et mon travail jamais fait. Toutes les choses disparues qui, un jour peut-être, m’appelleront. Peut-être ne pouvons-nous pas tirer de chair de la rêverie, pas plus que nous ne pouvons aller y chercher un éperon poussiéreux, mais nous pouvons assembler le rêve lui-même et le ramener dans son entier.
Vu le choc (positif) qu’a été pour moi Just Kids, j’avais bien évidemment très envie de lire ce nouveau texte de Patti Smith, surtout après son passage dans 21cm, où je l’avais trouvée à la fois émouvante, inspirante et un peu étrange.
J’ai failli louper le coche et passer à la Rentrée Littéraire sans l’avoir lu, mais l’autre soir, pas grand chose ne m’inspirait vraiment, tout me tombait des mains, et ce texte s’est rappelé à mon souvenir. J’ai attrapé ma tablette, l’ai téléchargé, et je m’y suis plongée avec délices.
Dans ce texte, autoportrait plus qu’autobiographie, Patti Smith nous livre, en 18 « stations », la cartographie de son existence. Son quotidien, sa vie, son amour total et absolu pour la littérature.
Déconcertant dans sa forme, ce petit texte évite les écueils de l’autobiographie traditionnelle, et notamment celui d’une linéarité parfois ennuyeuse. Pas de récit chronologique ici, le fil narratif est ténu, remplacé par des motifs obsédants qui reviennent sans cesse et lui donnent son unité.
Le café, dont Patti Smith fait une consommation effrénée. Le voyage. Le rêve et la rêverie. La perte : perte des êtres chers, puisque le livre est hanté par son mari décédé, perte des objets, qui disparaissent parfois de manière inexpliquée, perte des lieux qu’elle aime. Peut-être, alors, cherche-t-elle ici à trouver ce qu’elle appelle « la vallée des choses disparues« . Ce qui aurait pu, aussi, être un titre.
Cela donne un texte au sens étymologique : comme dans un tissu, les fils thématiques se tiennent serrés les uns aux autres, s’entrecroisent sans cesse, et l’ensemble marche en équilibre entre le rêve et la réalité, le passé et le présent, dessinant la carte intime de l’auteure.
Artiste complexe et complète, Patti Smith peint, photographie (nombre de clichés illustrent le texte), écrit — beaucoup, dans un petit carnet Moleskine qui ne la quitte pas. Sa vie est dédiée aux livres et aux auteurs, dans un rapport presque obsessionnel et poétique ; plus étonnant (encore que) elle est également une très grande amatrice de séries policières.
Un livre passionnant et inspirant : ici la poésie est partout, dans la moindre respiration, dans le moindre geste. Patti Smith habite poétiquement le monde. Et c’est formidable !
M Train (lien affilié)
Patti SMITH
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Gallimard, 2016









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