Je me projetais dans la maison, à cette saison, m’abandonnant à d’exquises rêveries. Je me laissais captiver par la danse du feu dans l’âtre, par la pluie qui giflait les vitres. Sans aucune difficulté, je poussais mon imagination à son paroxysme, si bien que j’étais en mesure de pressentir l’arôme subtil d’une tasse de thé aux épices, le moelleux des coussins de velours recouvrant le canapé dans lequel je n’en finissais plus de me fondre. et même de sentir le poids du plaid en laine sur mes pieds. Enveloppée dans la chaleur rassurante des murs de cette maison, ma maison, je goûtais à la possibilité d’une nouvelle vie. Une existence toute neuve, sans aucun diktat, où chaque instant écrit serait choisi avec soin.
Léonor, après 40 années d’une vie terne et sans grand intérêt, a décidé d’en finir. Mais pas à Paris : elle choisit un endroit au hasard sur la carte mais, en arrivant sur place, elle rencontre une maison. Et un chien. Et se prend à espérer une nouvelle vie. Mais ce que ne lui dit pas l’agent immobilier, c’est que le précédent locataire, un auteur de thriller, a mystérieusement disparu sans laisser de traces. Quant à l’agent immobilier lui-même, il est extrêmement collant…
Mon horizon d’attente concernant ce roman : un feel good dans lequel la vie se met enfin à sourire à une femme qui parvient à changer de vie et à trouver sa maison. J’avais moi aussi des images fantasmatiques de cheminée et de canapé où s’ensevelir alors que la pluie tombe dehors. Quelque chose de l’ordre du doux, du cocon, de la vie qui entre en soi et circule enfin, de l’âme et du corps qui se réveillent avec une grande sensualité. Et je me suis beaucoup attachée à Léonor et reconnue dans certaines de ses failles. C’était ce que j’avais envie de lire, et dont j’avais besoin aussi, je pense.
Mais il ne s’agit pas du tout de cela. Il s’agit d’un thriller, très bien conduit d’ailleurs, où se croisent trois voix : celle de Léonor, celle de l’agent immobilier, et une troisième dont on comprend vite qu’il s’agit de celle de l’auteur de thriller encore présent dans la maison. Et je le suis laissée mener par le bout du nez : viscéralement attachée à mon horizon d’attente, j’ai dévoré ce roman, me suis prise dans les filets tendus par l’autrice, et patatras.
C’est un excellent roman, vraiment, la construction est efficace et la plume sensuelle et élégante, il y a aussi une certaine poésie dans la manière dont le texte se tisse avec la chanson de Bashung qui lui donne son titre, mais il m’a clairement déstabilisée alors qu’en ce moment j’ai envie de doux et de rassurant. Mais si vous êtes adepte du genre, n’hésitez pas !
Ou le dernier coquelicot
Florence HERRLEMANN
M+ éditions, 2023









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