Rupture(s), de Claire Marin

Comment les ruptures nous transforment

On aimerait que la rupture soit une coupure franche. Bien droite et nette, d’un seul coup, comme le sabre qui décapite. Mais la rupture est déchirure. A la différence de la séparation qui laisserait chacun redevenir la part entière qu’il était déjà auparavant, comme le rappelle l’étymologie, la rupture est une déchirure. Elle ne retrouve que rarement les contours nets de chacun. On ne rompt pas comme on découpe le long des pointillés, respectant soigneusement le patron qui reprend notre forme exacte. On déchire dans le tissu d’une vie commune où les identités des uns et des autres se sont si étroitement mêlées que plus personne ne sait vraiment où il commence et où l’autre s’arrête. Mais celui qui veut rompre croit le savoir. Il croit pouvoir dessiner l’ombre où il perçoit sa silhouette propre et veut se débarrasser de ce flou indécis, des présences qui l’encombrent, des liens qui l’empêchent d’être vraiment lui-même.

J’avais prévenu : après avoir été grandement convaincue et même éblouie par la réflexion de Claire Marin sur le fait d’être à sa place, j’avais très envie de découvrir ses autres textes, et notamment celui-ci, qui aborde le thème des ruptures. Et comme on pourra le constater, pour une fois, ma volonté a été rapidement suivie d’effets.

Il est donc question de rupture et de ruptures, pas seulement amoureuse d’ailleurs, même si la rupture amoureuse est essentielle dans la réflexion que nous propose ici Claire Marin. La rupture est vue ici comme une déchirure : les bords ne sont pas nets, et il n’y a pas de retour à l’intégrité du « avant ». Au contraire, comme une amputation (métaphore également utilisée par Paul Auster dans Baumgartner), elle laisse des traces, comme des membres fantômes encore douloureux. Et pourtant, les ruptures nous construisent, nous révèlent peut-être : alors, que pouvons-nous faire de nos ruptures ? Et que font-elles de nous ?

J’ai une nouvelle fois été éblouie par la puissance de la pensée de Claire Marin : chaque mot, chaque réflexion touche juste, au cœur de l’intime. Ses mots sont puissants, révélateurs, et notamment bien évidemment sur la rupture amoureuse qui entraîne perte de soi (le soi qu’on a construit avec l’autre et dont on ne sait plus trop quoi faire) et sentiment d’étrangeté : le couple est comme une chimère, un entrelacement intime de deux corps et de deux vies, le corps amoureux, et la rupture ne peut être qu’une déchirure, chacun cherchant à récupérer ce qui lui appartient mais sans toujours le savoir. Chaque rupture, mais c’est aussi le cas des ruptures non amoureuses, entraîne la nécessité d’une reconfiguration.

Une nouvelle fois, un essai dense, clair et passionnant, nourrissant, appuyé sur de nombreuses références littéraires, dans lequel j’ai eu envie de tout noter pour y revenir plus tard. Et on sent dans Rupture(s) les graines d’Être à sa place, dans la réflexion sur le fait d’arracher les masques et de rompre avec une vie qui ne nous convient pas. Ici, Claire Marin interroge cette idée du vrai moi, du moi authentique qui serait caché, empêché, bâillonné, et qui nécessiterait une rupture, comme une nouvelle naissance, pour advenir : mais peut-être le moi n’est-il pas un, mais multiple, et en constante évolution ?

Cela mérite qu’on y pense, en tout cas !

Un essai que je conseille sans réserve : la pensée est fluide, accessible, percutante, sa lecture provoque nombre de prises de consciences et d’envies de creuser davantage le sujet !

Rupture(s) (lien affilié)
Claire MARIN
Editions de l’Observatoire, 2019 ( Livre de Poche, 2020)

Une réponse à « Rupture(s), de Claire Marin »

  1. Avatar de Les débuts : par où recommencer, de Claire Marin – Caroline Doudet

    […] Claire Marin, je m’étais déjà nourrie de Etre à sa place et de Rupture(s), mais je ne m’étais pas encore penchée sur ces Débuts. Ils étaient néanmoins dans ma […]

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