Laisser circuler le vivant en nous dissout l’ego et ouvre la conscience. Nous abandonner à l’intelligence de notre corps, à son énergie vitale nous fait rencontrer la conscience absolue et la félicité. C’est dans la jouissance qui ravit nos sens qu’on accède au divin.
A force de tomber sur des références à cet essai dans mes recherches pour le projet Déesses et pour le deuxième tome des Arcanes du monde, j’ai eu envie de voir de plus près de quoi il retournait. Le sujet est évidemment passionnant : Gérard Leleu, sexologue et thérapeute de couple, envisage ici la dimension sacrée de la sexualité, qu’il s’agit de retrouver en Occident, où tout concourt à ce que l’érotisme n’ait plus de sens. D’un côté, historiquement, l’Eglise a empêché toute élaboration d’un érotisme sacré dans notre civilisation ; de l’autre, la libération de ce joug religieux qui pesait sur les gens à abouti à une consommation effrénée de sexe, mais sans plus de sens. Le but serait alors de redonner du sens à l’amour, au corps et à la sexualité, et de leur rendre leur caractère sacré.
Dans une première partie, l’auteur nous invite à un voyage dans le temps, à l’aube des civilisations où sexualité et spiritualité étaient reliées, et où la femme elle même était sacralisée, avec l’avènement de la déesse qui engendre la vie : c’est la civilisation de la coupe (ou du calice) marquée par le matriarcat, qui n’est pas une gynocratie mais permet l’essor de sociétés harmonieuses, égalitaires et pacifiques, avant un retournement dû en partie à la compréhension par les hommes de leur rôle dans la reproduction, mais aussi aux invasions barbares du nord qui imposent leurs dieux mâles, désacralisent la sexualité et au contraire la condamnent et la répriment à l’aide de tout un arsenal qui domine, soumet et contrôle les femmes. On passe à la civilisation de l’épée derrière laquelle se cache une peur des femmes qui interdit à l’homme d’accéder à la spiritualité de la sexualité.
La seconde partie, beaucoup plus longue, est consacrée aux liens entre spiritualité et sexualité dans le monde : l’extrême et proche Orient, avec le tantrisme, le taoïsme, l’Hindouisme et la Mésopotamie, où la sexualité a encore une dimension sacrée ; la Méditerranée, avec les civilisations patriarcales, phallocentriques et oppressives du Judaïsme, de la Grèce, et de Rome, seul l’Islam des origines étant sauvé de ce sombre tableau. Le plus long chapitre est consacré à l’Occident et au christianisme. Partant de Jésus lui-même, l’auteur montre comment les Pères de l’Eglise ont trahi le message originel, pour aboutir à une religion de haine de la femme, du corps et de la sexualité : malgré quelques exceptions tout au long de l’histoire, le christianisme s’est avéré incapable de situer la sexualité à un niveau spirituel.
Et aujourd’hui alors ? L’auteur postule que nous amorçons une sortie du patriarcat, ce qui le rend d’autant plus dangereux et agressif : rien n’est plus combattif qu’un animal blessé à mort. Il montre donc l’importance de redonner sa place à la spiritualité, en tant que choix personnel reposant sur l’intuition et l’émotion, à l’opposé de l’arsenal dogmatique des religions. D’ailleurs, de plus en plus de gens ne se reconnaissent pas dans les religions instituées, et sont pourtant bien dans un cheminement spirituel, dans lequel la sexualité a toute sa place.
L’auteur nous invite donc, après la civilisation de la coupe et la civilisation de l’épée, à entrer dans une nouvelle ère : la civilisation de l’alliance, avec au centre le couple, la vie à deux étant vue comme un chemin initiatique dans lequel on apprend sur soi, sur l’autre et sur la vie, et l’amour véritable. Et la sexualité sacrée est à la base de cette nouvelle civilisation.
J’ai résumé dans les grandes lignes cet essai d’une grande richesse, qui m’a beaucoup intéressée et grâce auquel j’ai appris beaucoup de choses. Je ne suis pas d’accord sur quelques points et je l’ai trouvé à l’occasion un poil moralisateur sur la « permissivité sexuelle » (je développerai, un jour, mais pour moi toute rencontre sexuelle a du sens, même si ce n’est qu’un one night stand et qu’on ne fait pas tout un rituel autour) ; il a également une vision un peu hétéronormative de la sexualité, ce qui ne me dérange pas plus que ça étant moi-même hétérosexuelle mais il aurait été intéressant d’élargir le propos. Mais dans l’ensemble, c’est passionnant, et je suis d’accord avec la substance du propos.
Sexualité. La voie sacrée (lien affilié)
Dr Gérard LELEU
Trédaniel, 2017









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