Si un enfant pouvait raconter, pendant qu’il la traverse, sa véritable enfance, son récit ne serait peut-être que drames intimes et déceptions. Mais il n’écrit qu’en son âge adulte. Cependant il croit garder intacts les souvenirs de son enfance. Je me méfie même des miens.
Amoureuse que je suis de Colette, de son œuvre et de sa vision du monde, j’avais bien évidemment noté cette exposition dans mon agenda, et je m’y suis précipitée sitôt le pied posé à Paris vendredi.
Le propos de l’exposition est de mettre en lumière les grands thèmes qui structurent l’œuvre de Colette, et les mille et une facettes de l’écrivaine, figure d’émancipation et de liberté pour bien des femmes. Il s’agit donc d’une relecture de son œuvre et de sa vie, organisée en cinq sections : la première, Souvenirs sensibles, montre comment Colette transpose les perceptions vécues dans l’écriture, faisant de ses textes des monuments sensoriels. La deuxième section, Le Monde, explore la manière dont Colette s’intéresse au monde urbain et à l’univers des artistes.
S’écrire, la troisième partie, montre comment Colette brouille les frontières entre elle-même et ses personnages, notamment bien sûr Claudine. Le Temps, la section suivante, s’intéresse à Colette journaliste et chroniqueuse, qui écrit son époque et y participe.
Enfin, La Chair : le plaisir, le désir, l’amour, forces directrices de toute son œuvre, ainsi que le corps, qu’elle observe et veut même sublimer avec sa boutique de cosmétiques.
A force, la vie de Colette n’a plus guère de secrets pour moi, et mes premières minutes à parcourir l’exposition m’ont fait penser que peut-être je n’y trouverais pas mon compte (et c’était dommage de m’être déplacée, d’autant que je déteste toujours autant le site de la BNF que je trouve très inhospitalier) : à quoi bon des photos de Saint-Sauveur-en-Puisaye et de sa maison d’enfance, quand on y est allé ? Au départ, donc, rien de révolutionnaire… et puis, soudain, le charme à opéré au détour d’un manuscrit précieux, la magie est apparue, et je suis finalement sortie de cette visite absolument enchantée, d’autant qu’il n’y avait pas trop de monde, et que j’ai pu en profiter.
Toute en délicatesse et en sensualité, l’exposition m’a particulièrement touchée par les objets exposés : photographies, tableaux, quelques objets personnels (et notamment son pot à crayons, et une page d’herbier), documents écrits et particulièrement les manuscrits (en particulier ceux des Claudine, écrits sur des cahiers d’écoliers) et les éditions rares illustrées, car Colette a beaucoup collaboré avec d’autres artistes : on eut voir notamment le fabuleux Pour un herbier avec Raoul Duffy. J’ai beaucoup apprécié également l’interactivité et la sensorialité de l’exposition, avec des panneaux, destinés aux non-voyants mais dont on peut profiter aussi, où l’on peut toucher une étoffe ou sentir l’odeur des roses.
Bref : j’adore Colette, elle me touche infiniment tant par son écriture poétique que par les thèmes qu’elle aborde. Je n’ai à strictement parler rien appris de nouveau, mais j’ai pris un plaisir immense à m’immerger dans cet univers sensible et sensuel. La scénographie est claire, aérée, les documents exposés ont été choisis avec soin, et c’est un incontournable du moment : courez-y si vous en avez l’occasion et si vous habitez Paris n’hésitez pas à jeter un oeil aux manifestations autour de l’exposition, qui ont l’air passionnantes !








Les Mondes de Colette
23 septembre 2025 – 18 janvier 2026
BNF – Tolbiac









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