Mais tu en as entendu parler, n’est-ce pas ? Parce qu’il existe dix mille histoires sur dix mille Portes, et nous les connaissons aussi bien que notre nom. Elles mènent en Faërie, au Walhalla, en Atlantide, en Lémurie, au Paradis et à l’Enfer, dans tous ces lieux où une boussole ne conduira jamais. Ailleurs. Mon père – qui est un véritable érudit, et pas une demoiselle avec un stylo-plume et tout un tas de choses à raconter – le dit beaucoup mieux que moi : « Si nous considérons les histoires comme des sites archéologiques et époussetons chacune de leurs strates avec un soin méticuleux, nous finissons toujours par tomber sur une porte. Une démarcation entre ici et là, nous et eux, ordinaire et magique. C’est quand les portes s’ouvrent, quand les choses passent d’un monde à l’autre, que les histoires adviennent.
J’ai tellement aimé Le Temps des sorcières que je n’ai pas pu attendre pour poursuivre ma découverte de l’œuvre de Alix E. Harrow, qui m’a l’air fort riche, et j’ai fort logiquement commencé par son premier roman (cela dit, elle n’en a pas encore publié des dizaines, le choix n’est donc pas encore très vaste). Et même s’il s’agit de young adult, ce qui n’est habituellement pas mon domaine, j’y ai pris énormément de plaisir.
Pendant que son père parcourt le monde à la recherche de rares artefacts pour le compte d’un richissime collectionneur, January grandit élevée par ce dernier dans son manoir. Un jour, alors qu’elle a sept ans, elle découvre une porte, qui la mène dans un autre monde. Mais ce n’est que dix ans plus tard, après la découverte d’un livre qui lui est adressé et qui s’intitule Les dix mille portes, qu’elle comprend de quoi il retourne.
Ce roman absolument magistral, et qu’il est difficile de lâcher une fois qu’on l’a ouvert, nous entraîne dans les mondes prodigieux des histoires, des mondes possibles de la mythologie et de la fiction, et exalte les pouvoirs magiques de l’écriture qui, si un a un don, peut modifier la réalité. Et January a ce don : jeune héroïne aventureuse et pleine d’esprit, elle apprend dans ce roman initiatique que la réalité n’est pas toujours celle qu’elle croit, mais qu’elle peut la modifier en ouvrant des portes (ce qui a un coût). Ce qu’elle apprend aussi, c’est qui elle est, et c’est le pouvoir de l’amour, qui est bien le sujet essentiel ici. Si les portes représentent le changement, la transformation, l’initiation, et c’est pour cela que certains veulent les fermer, l’amour lui-même est une porte.
Alix Harrow a vraiment du talent : pour raconter des histoires et embarquer le lecteur à sa suite, pour créer des mondes riches et foisonnants, mais aussi pour tisser ensemble des multitudes de références pas toujours évidentes. Encore une fois, elle nous propose donc un roman d’aventures où la quête est celle de la liberté et de l’amour.
A ne pas manquer si vous appréciez le genre ou si, comme moi, vous avez envie de changer un peu de type de lectures. Pour ma part, il est probable que je lirai très vite le troisième roman de l’autrice, où il est question de La Belle au bois dormant.
Les dix mille portes de January (lien affilié)
Alix E. HARROW
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thibaud Eliroff
Le rayon imaginaire, 2021 (Livre de poche 2023)








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