Le baiser peut-être, de Belinda Cannone

Ainsi du baiser, de l’émotion du baiser. Si je n’embrasse pas, je ne sais plus rien du baiser, sauf ce fait merveilleux : que nos enveloppes charnelles ne nous séparent pas les uns des autres, que nous pouvons un instant nous mêler, nous rencontrer au plus secret, créer un lieu séparé, et abrité, par l’étreinte comme par le baiser. En vieux style : « Nos âmes se rencontraient, se multipliaient ; il en naissait une de chacun de nos baisers. » Ce une dit le moment d’extrême fusion par laquelle s’invente ce que Vivant Denon appelle une « âme » et que je nomme plutôt un monde pour deux.

Un essai sur le baiser ? Je me demande comment j’avais pu passer à côté aussi longtemps, d’autant qu’il me semblait avoir lu à peu près tout ce que Belinda Cannone a écrit jusqu’à ce jour sur son sujet de prédilection, qui est aussi le mien : l’amour et le désir.

Essai n’est d’ailleurs pas vraiment le mot : sans ordre autre que poétique, mêlant réflexions, expériences intimes et dialogues avec son fiancé et son amie Sophia, l’autrice propose un petit livre à l’image de son sujet, difficile à circonscrire. Comme le désir, le baiser est ineffable, impossible à dire et à décrire, on tourne autour sans parvenir ni à l’épuiser, ni à le fixer : chacun y projette ses expériences, ses histoires et ses fantasmes. Plusieurs fois, au cours de ma lecture, des souvenirs très précis, et que je chéris, me sont revenus en mémoire. Douce rêverie. Car quelle activité est aussi agréable que celle de s’embrasser ?

(Peut-être que si on s’embrassait davantage, le monde serait plus agréable).

Ce petit livre est donc merveilleux, léger et butinant, tissé de références littéraires et notamment poétiques, car quel objet est plus poétique qu’un baiser, très différent et complémentaire de l’essai de Zorica Tomić que j’ai lu récemment sur ce même sujet, plus optimiste surtout.

Belinda Cannone s’intéresse uniquement au baiser amoureux, et montre comment il est lié au désir, cette tension vers l’autre, et qu’il permet d’estomper le sentiment de séparation : on embrasse toujours quelqu’un (alors qu’on peut jouir seul), et, dans le même temps qu’on embrasse, on est aussi embrassé. Quelle merveille !

Si je n’ai pas appris grand chose au fond (je commence à être assez calée sur le sujet), si j’aurais peut-être à l’occasion ajouté des choses (la scène de baiser dans L’Affaire Thomas Crown mais pas seulement parce que ce fameux baiser de 56 secondes est réputé pour être le plus long de l’histoire du cinéma : pour moi, battre le record de Steve McQueen et Faye Dunaway est l’un des plus agréables baisers de ma vie) j’ai pris un plaisir vif à cette lecture, qui m’a nourrie et a invité nombre de nouveaux questionnements dans ma liste, ainsi qu’une liste de lectures sur le sujet.

Bref, un très joli petit livre sur le plus beau des sujets, un livre qui donne envie de s’embrasser à perdre haleine sous un porche !

Le baiser peut-être (lien affilié)
Belinda CANNONE
Alma, 2011 (Arléa, 2022)

Un petit mot ?

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Portrait plan américain d'une femme châtain ; ses bras sont appuyés sur une table et sa maingauche est près de son visage ; une bibliothèque dans le fond

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