La poésie s’approchait toujours un peu des grimoires, des incantations, des sorcelleries dans lesquels on s’imagine qu’une combinaison inédite de mots peut déverrouiller les prisons de la condition humaine. Tout le débat consistait ensuite à savoir s’il fallait considérer cela comme pure fable littéraire, ou s’il fallait prendre au sérieux cette part présumée de magie.
L’autre jour, un épisode de Métamorphose était consacré à ce roman. Je ne les écoute pas tous, mais en l’occurrence j’avais été attirée par le titre : « comment les mots, la poésie, l’invisible nous aident à mieux vivre« . Evidemment : lorsque, comme moi, on habite poétiquement le monde (ou amoureusement, mais c’est la même chose) et qu’on a fondé une entreprise dont le nom est le voyage poétique, on ne peut que vibrer. J’ai donc écouté tout l’épisode, en hochant de temps en temps la tête, et me disant que ce roman avait décidément l’air formidable et qu’il fallait que je le lise. Jusqu’à finir, enfin, par réaliser que l’auteur, Thomas Schlesser, était aussi celui qui m’avait enchantée avec Les yeux de Mona, ce qui a achevé de me convaincre. Et le lendemain, j’ai croisé le livre en librairie. Une affaire rondement menée !
Après une tempête, le jardin de Thalie, une fantasque et exubérante professeure de lettres qui vient de prendre sa retraite, et de son amoureux depuis 40 ans, Nikola, est dévasté, et ils font appel à leur voisin Louis, un taiseux géant et hypersensible, qui ne se sépare jamais de son chaton malade. L’idée : Louis s’occupe de sauver le jardin, et Thalie lui enseignera la magie de la poésie. Petit à petit, Louis apprend que réciter des vers aux plantes a des vertus magiques. Lui même, que les souffrances ont fini par rendre presque muet, s’ouvre et laisse la magie des vers infuser en lui.
Je résume un peu à la truelle, car il se passe beaucoup de choses dans ce magnifique roman, ode à la poésie et à l’habiter poétiquement le monde qui m’a enchantée : le roman exalte le pouvoir magique des histoires, des mots et de l’émerveillement, tout en constituant une sorte de cours d’introduction à la poésie, virevoltant et attachant à l’image de Thalie, et dans lequel on va de découverte en découverte. Une large place est faite aux grands noms, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire ou Aragon, mais aussi à des poètes et surtout poétesses moins connus, et que l’on a envie de découvrir plus avant.
Le roman, calé sur les cycles de la nature, nous invite à une spiritualité de l’émerveillement, où la poésie, qui vibre et donne naissance au monde, est consubstantielle à l’amour, et se révèle la seule véritable religion :
La poésie n’est pas, à ses [Hölderlin] yeux, un supplément d’âme, un élément ornement du quotidien, ce n’est pas non plus un genre littéraire. La poésie est pour lui une manière d’être-au-monde.
J’ai beaucoup apprécié, on le voit, la dimension spirituelle du roman, avec cette idée magnifique de guérir, grâce à la poésie, grâce aux ondes poétiques, les êtres et la nature : la fin revêt une dimension fantastique et merveilleuse, le roman se transforme en conte, en fable, voire en mythe, et c’est très beau.
Un roman enchanteur, à ne pas manquer. A noter que la jaquette du roman, au verso, reproduit le manuscrit du poème de Rimbaud « L’Éternité ». Quant à moi, je vais réciter des vers à mes plantes !
Le chat du jardinier (lien affilié)
Thomas SCHLESSER
Albin Michel, 2026








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