Histoire d’une passion
Leur rencontre avait tenu à des circonstances aléatoires… À si peu de choses au fond… Bien qu’au fil de ses réflexions, elle ait fini par se rendre à l’évidence que l’amour naît à la jonction de la disponibilité latente et d’une rencontre plus ou moins fortuite, se fixant sur la première personne venue, pour peu que ses fêlures présentent une symétrie suffisante avec les vôtres, les thèmes contradictoires de l’inéluctabilité du destin et de l’interchangeabilité de l’être aimé, la plongèrent dans des abîmes de perplexité.
Françoise Hardy vient de sortir, en même temps, un roman et un album portant le même titre : l’amour fou. Je n’ai pas écouté l’album, mais le roman, bien évidemment, a provoqué chez moi une sorte de réflexe pavlovien : dès que je l’ai vu, je m’en suis emparée. Le titre a fait « ding ». L’amour fou. Un titre qui résonne comme une redondance. Car il n’y a pas d’amour raisonnable ni sage. L’amour est fou, c’est son essence même.
C’est donc l’histoire d’un amour fou, d’une passion, entre Elle et X…
Il n’y a pas d’amour qui ne soit folie
Voilà un roman qui m’a bouleversée, illuminée et enchantée et en même temps dévastée.
Les phrases longues, complexes, où l’on se perd, correspondent merveilleusement au sujet : l’abîme amoureux. Car il s’agit ici d’une magistrale variation sur le sentiment amoureux, ses incohérences, ses élans, ses mouvements disparates, ses excès, de la cristallisation à la fascination et à l’obsession.
Un roman plus analytique que narratif (ce qui peut déplaire à certains) : de Elle et X, on ne sait finalement rien, ni leur nom, ni leur activité professionnelle, ni leur âge ni leur apparence physique. Parce qu’ils sont à la fois l’autrice et certains des hommes qu’elle a aimés, et tout le monde.
Il y a de nombreux passages que j’aurais pu moi-même écrire, et j’ai même presque l’impression que Françoise Hardy a creusé en moi. En tout cas une chose est sûre : pour parler du sentiment amoureux comme elle le fait, il faut l’avoir rencontré, cet amour absolu dont tout le monde parle mais que peu de gens ont la chance de connaître.
Cet amour qui est un mélange de hasard et de nécessité, qui ne tient à rien mais qui n’aurait pas pu n’être pas. Cet amour qui est aussi fait de peur, la peur du rejet de l’autre, mais aussi la peur de la concrétisation de cet absolu. Ces deux personnages peu doués pour le bonheur, aux failles jumelles, m’ont bouleversée. Parce qu’ils m’ont touchée.
Mais pas seulement. Parce que j’ai eu la sensation déstabilisante et dévastatrice que c’est de Moi et de Lui dont il était question dans ce roman, comme si l’autrice me connaissait, ce qui n’est a priori pas le cas.
Comment l’expliquer alors ? On ne peut pas : l’histoire est totalement différente, et pourtant c’est la même histoire, la même connexion un peu mystérieuse quand on sait à distance que l’autre ne va pas bien, quelque chose d’un peu mystique qui nous détache du réel.
Oui, ce roman a parlé directement à mon âme et je me suis totalement reconnue en Elle, qui analyse tout. Qui essaye de sauver un homme malgré lui, lui faire comprendre qu’on ne peut pas fuir l’amour parce qu’on a peur de souffrir, lui faire comprendre que si on l’aime ce n’est pas que l’on s’est trompée de personne et qu’on ne le connaît pas.
Que si on l’aime c’est au contraire qu’on le connaît, qu’on sait ses failles et ses blessures, et que l’amour c’est justement ça, reconnaître en l’autre au-delà des apparences, ce dont nous avons besoin pour être complet, comme deux pièces d’un puzzle qui s’emboîtent parfaitement, formant un tout, et que ce tout n’est pas fait que de positif : nos manques, nos faiblesses, nos blessures, nos indignités, nos échecs et nos lâchetés nous constituent autant que nos grandeurs et nos victoires.
Lui faire comprendre que l’amour, ce n’est pas une fusion d’entreprise, et que la phrase « je n’ai rien à apporter » n’a aucun sens. Le bonheur semble si simple et si proche alors qu’il est pourtant si loin et pavé de douleur. Les douleurs que l’autre nous inflige mais dont il est aussi la première victime. Les douleurs qui ne sont rien comparées aux paradis auquel elles mènent. Même s’ils ne sont qu’illusoires et irréels.
L’Amour Fou (lien affilié)
Françoise HARDY
Albin Michel, 2012









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