Imaginer la vie des gens
Tes lèvres remuent en silence, elles me disent je t’aime. Moi aussi, ma chérie, je t’aime. Aussi loin que je me souvienne, je t’ai toujours aimée.
Je ne sais plus si c’est à La Grande Librairie ou dans Ça balance à Paris que j’ai entendu parler de ce recueil pour la première fois. Les deux, si ça se trouve. Toujours est-il que ce que j’en ai entendu m’a tout de suite donné envie de le lire. Je ne connaissais Blandine Le Callet que de nom, je n’ai pas lu ses précédents ouvrages même si on a dit beaucoup de bien de La Ballade de Lila K, mais j’ai, encore une fois, fait confiance à mon instinct…
Dans ce recueil de nouvelles, Blandine Le Callet imagine, à partir de leur épitaphe, la vie et la mort des gens, faisant se répondre l’imaginaire et le réel.
Dix épitaphes, dix histoires, dix destins si différents et pourtant si proches. Un jeune esclave qui vient d’être affranchi. Un maître d’oeuvre très amoureux de sa femme. Un clerc qui rend visite à la duchesse de Normandie dont il est secrètement amoureux. Deux amants unis par un amour plus fort que tout et pourtant interdit (histoire qui a déjà inspiré des écrivains comme Barbey D’Aurevilly ou plus récemment Vivian Moore). Un philanthrope idéaliste qui a perdu ses illusions et se retrouve prisonnier d’une maison de passes à cause d’un chien. Une femme enceinte qui espère un miracle. Un homme qui creuse un trou. Une maman qui veille son « enfant ». Une vieille femme atteinte d’un cancer qui fait son testament. Une femme (l’auteure) qui va se recueillir sur la tombe de ses ancêtres.
La trame du destin
L’idée de départ m’a interpellée et je l’ai trouvée extrêmement intéressante. Il y a ici quelque chose qui pourrait presque ressembler à un exercice tel qu’on en propose dans les ateliers d’écriture, mais dont Blandine Le Callet fait un recueil original et poétique, qui a véritablement une âme −une belle âme, et un vrai projet littéraire, qu’elle explique dans la passionnante postface qu’il faut absolument lire.
Beaucoup d‘histoires d’amour, tragiques bien sûr car les amants sont séparés (ou réunis) par la mort.
Des époques différentes, de l’Antiquité à nos jours, mais qui finalement ont ce même motif : le destin qui se brise, (trop) tôt, ou tard.
Beaucoup de délicatesse et de sensibilité dans l’écriture, mais aussi beaucoup de mélancolie bien sûr, car la mort rôde, et on sait que chaque nouvelle, d’une manière ou d’une autre, aura une issue fatale pour l’un ou l’autre des protagonistes, tout l’art étant d’y parvenir en quelque sorte naturellement.
Et Le Callet s’en sort avec brio : ces rêveries sur les épitaphes d’êtres anonymes sont absolument magistrales et, pour beaucoup, m’ont arraché quelques larmes.
Dix Rêves de pierre (lien affilié)
Blandine LE CALLET
Stock, 2013









Un petit mot ?