C’était l’été où l’homme a pour la première fois posé le pied sur la Lune. J’étais très jeune en ce temps-là, mais je n’avais aucune foi en l’avenir. Je voulais vivre dangereusement, me pousser aussi loin que je pourrais aller, et voir ce qui se passerait une fois que j’y serais parvenu. En réalité j’ai bien failli ne pas y parvenir.
Ainsi commence ce que certains considèrent comme le chef-d’œuvre de Paul Auster. Le narrateur, M. S. Fogg, nous fait, à la manière d’un héros picaresque des temps moderne, le récit rétrospectif de son existence.
Né de père inconnu, sa mère meurt renversée par un bus lorsqu’il est très jeune, et il est recueilli par un oncle aimant mais un peu fantasque et pas forcément fait pour la paternité, qui ne tardera pas à mourir lui aussi, non sans avoir fait don de son immense bibliothèque à son neveu.
De manière évidente, Paul Auster reprend ici la plupart des codes du roman picaresque, à la sauce américaine et personnelle, en nous proposant un héros à la marge en quête de soi.
Son rapport à l’argent est plus que désinvolte, ce qui lui causera bien des ennuis, mais aussi, finalement, le conduira à retrouver son identité.
Et c’est là le nœud du roman où l’important est finalement plus le rêve et la fiction, que le réel, comme le suggère dès le titre l’omniprésence symbolique de la lune dans la vie d’un personnage lunaire et lunatique : elle est partout, de l’enseigne lumineuse du « Moon Palace » qu’il voit de sa fenêtre au nom du groupe de jazz de son oncle, en passant par l’alunissage de 1969 à L’Autre Monde de Cyrano de Bergerac que le narrateur connaît bien et qu’il résume de manière éclairée et éclairante.
Voilà donc un roman magistral, mené de plume de maître, d’une très grande richesse, et qui pousse à la réflexion.
Moon Palace (lien affilié)
Paul AUSTER
Actes Sud, 1990 (Livre de poche, 1995)









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