Les Enfants de l’aube (Moia Bieda), de Patrick Poivre d’Arvor

Le lendemain, nos visages étaient lumineux comme des lampes survoltées, éclairés de l’intérieur. Nous avons refait l’amour dans l’ancienne salle de gymnastique. J’essayais cette fois de compenser mon inexpérience par une grande attention à elle, ce qui n’était pas dans ma nature. Je n’éprouvais qu’un plaisir rapide à l’éjaculation, mais j’aimais la pénétration et les préludes amoureux. J’adorais surtout sentir vibrer Camille, la voir réagir à une pression sur les touches de son clavier. J’avais une folle envie de la contenter, de lui donner plus que je n’avais jamais donné.

La première fois que j’ai lu ce roman, c’était le 19 février 1995. A l’époque, j’écrivais dans les livres la date à laquelle je les commençais. J’avais 17 ans, l’âge auquel l’auteur l’a écrit, un peu plus que les personnages. J’écris aussi sur la page de garde que je crois être amoureuse d’un certain Romain ; je devais me tromper sur mes sentiments : le diable si je sais aujourd’hui qui était ce Romain.

Je l’ai ensuite relu il y a quelques années. Et puis, l’autre jour, par hasard (je crois…) je suis retombée dessus, et j’ai eu envie de m’y plonger à nouveau

Alexis a 12 ans, et son père, avec qui il vivait seul, vient de se jeter dans la Seine, ne lui laissant qu’un carnet, dans lequel il lui raconte son histoire. Celle d’un amour fou entre deux adolescents atteints de leucémie dans un sanatorium, en Suisse.

Premier roman bouleversant, Les Enfants de l’aube est avant tout la quête initiatique et mystique de l’amour absolu et originel, celui qui fonde toute une existence. Ici il est, dès le départ, marqué du sceau de la mort qui rôde, éros et thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort s’affrontent dans une lutte acharnée.

Éminemment charnel et sensuel — au point que le système énonciatif, celui d’un père écrivant à son fils de 12 ans, peut s’avérer plus que troublant — il est aussi tragique. Très romantique (version historique), on y sent à chaque page le vertige des influences littéraires (Thomas Mann, Benjamin Constant, Chateaubriand) et mythologiques (Tristan et Yseult, Romeo et Juliette), parfois explicites, parfois non.

Et quelle écriture ! Si elle est parfois un peu chargée, elle est surtout poétique et lyrique !

Un magnifique premier roman sur le premier amour, à lire absolument si ce n’est déjà fait. Je ne sais pas pourquoi le destin me l’a remis entre les mains, il y a peut-être une raison, peut-être pas, mais j’y ai pris beaucoup de plaisir.

Les Enfants de l’aube (Moia Bieda)
Patrick POIVRE D’ARVOR
Lattès, 1982 (livre de poche)

14 réponses à « Les Enfants de l’aube (Moia Bieda), de Patrick Poivre d’Arvor »

  1. Avatar de jostein59

    Curieusement j’ai lu plusieurs livres de PPDA, dont celui-ci ( il y a longtemps aussi car ce n’est pas sur mon blog). Je trouve une grande sensibilité dans l’écriture de cet auteur. Il faut dire que la vie ne l’a pas épargné.

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    1. Avatar de Caroline Doudet (L'Irrégulière)

      Mais oui, l’écriture est très belle !

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  2. Avatar de mithrowen

    Je n’ai jamais lu de livre de Patrick Poivre d’Arvor. Peut-être par préjugé…je devrais essayer. En tout cas, celui-là à l’air très troublant!

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    1. Avatar de Caroline Doudet (L'Irrégulière)

      Franchement, il a un vrai talent d’écriture !

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  3. Avatar de anaverbaniablog
    anaverbaniablog

    J’ai bien envie de le lire maintenant… merci !

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  4. Avatar de la plume et la page

    Il dort dans ma bibliothèque depuis un petit moment… C’est une amie qui me l’a prêté il y a quelques années. Il serait peut-être temps que je le lise!

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  5. Avatar de zarline

    Je n’ai moi non plus jamais lu PPDA et je t’avoue que je ne l’imaginais pas du tout dans ce registre. Comme quoi, les préjugés! Mais tu en parles très bien et j’ai du coup bien envie de découvrir ce premier roman. Et bon, quête de l’amour absolu, ça n’a du coup pas dû trop t’influencer dans ta relation avec ce fameux Romain ^_^

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  6. Avatar de Miss Zen

    J’avais oublié ce livr que j’avais pourtant dévoré et adoré à l’adolescence : un très beau souvenir qui me revient grâce à ton billet

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  7. Avatar de Mind The Gap

    Pas en ce moment, mais je n’ai encore jamais lu PPDA, faudra que j’essaye, pour voir, et pourquoi pas avec ce titre là !

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