Je suis en train de lire un livre entrepreneurial particulièrement intéressant et inspirant dont je vous reparlerai lorsque j’aurai terminé, mais dès le premier chapitre (c’est très fort) l’auteur a mis le doigt sur un problème dont je n’avais pas du tout conscience et qui, de manière évidente, est un de mes problèmes pour ma reconversion : la malédiction du bon élève. Qui se trouve être double.
D’abord, le bon élève, on ne s’inquiète pas pour lui : il ne pose pas de problème, passe de classe en classe avec aisance, et de ce fait, il ne se pose jamais vraiment la question de ce qu’il a réellement envie de faire. Il prend les portes qui sont ouvertes, on lui dit de ne pas faire de choix qui restreindrait ensuite ses possibilités.
Il peut tout faire, pourquoi se fermer des portes tout de suite. Il fait un bac général, une prépa, continue à avancer sur le chemin tracé sans regarder ce qu’il y a autour, sans s’arrêter pour s’interroger sur la destination, et puis un jour il finit par arriver quelque part où il ne voulait pas forcément aller, mais comme il ne savait de toute façon pas où il voulait aller, soit. Il monte sur le manège sans savoir qu’il aura du mal à en descendre.
C’est exactement comme ça que je suis arrivée là où je suis. J’ai suivi un chemin, sans trop savoir où il me menait parce qu’on verrait plus tard après tout, sans faire de vrai choix. Mais à ne pas faire de choix, à ne jamais m’interroger précisément sur ce que je voulais faire de ma vie, à ne pas avoir de stratégie, et bien je me suis retrouvée à faire un travail que je n’avais strictement jamais eu envie de faire.
Beaucoup de gens veulent quitter ce travail, mais la plupart parce qu’il les a déçus. Moi, même pas : je n’ai jamais eu envie de le faire, et je suis là « par hasard » parce que la porte était ouverte.
Et elle s’est refermée sur moi. Parce que le deuxième aspect de la malédiction du bon élève, c’est que comme il a fait des études longues, qui lui ont demandé des sacrifices, il a l’impression que, s’il décide de changer et de se reconvertir, il aura fait tout ça pour rien.
C’est ce qu’on appelle les coûts irrécupérables : des coûts payés définitivement, non remboursables ni récupérables par un autre moyen. Un peu comme un acompte qu’on va irrémédiablement perdre si finalement on n’achète pas cette voiture. Alors on achète la voiture, même si on n’en veut plus, pour ne pas perdre l’acompte. On a payé le ticket du manège, alors on y reste même si ça nous rend malade.
Et bien, souvent (et pas seulement le bon élève), nous avons tendance à regarder notre passé comme un coût irrécupérable, et notamment nos diplômes : parce que ça nous a coûté d’en arriver là où on en est, et qu’on ne veut pas avoir fait tout ça « pour rien ».
Même si ce n’était pas pour rien : le déclic (et c’est ce sur quoi je travaille en ce moment) est de parvenir à ne plus voir le passé, et notamment les diplômes, comme un coût irrécupérable, mais comme un investissement. A ignorer l’acompte qu’on a versé pour répondre à cette question ici et maintenant : qu’est-ce que je veux vraiment faire ?
Et ce n’est pas facile, mais déjà, mettre le doigt dessus est un bon premier pas !









Répondre à Caroline Doudet Annuler la réponse.