On ne pouvait ignorer le besoin de reconnaissance qui transparaissait ce ces images. Mélanie Claux voulait être regardée, suivie, aimée. Sa famille était une œuvre, un accomplissement, et ses enfants une sorte de prolongement d’elle-même. L’avalanche d’émoticônes qu’elle recevait chaque fois qu’elle postait une image, les compliments sur ses tenues, sa coiffure, son maquillage comblaient sans doute une faille ou un ennui. Aujourd’hui les coeurs, les likes, les applaudissements virtuels étaient devenus son moteur, sa raison de vivre : une sorte de retour sur investissement émotionnel dont elle ne pouvait plus se passer.
Comme j’aime beaucoup Delphine de Vigan, et que le sujet des réseaux sociaux m’intéresse, j’avais ce roman depuis sa sortie en poche. Pour autant, je ne sais pas pourquoi, je ne l’ai lu que la semaine dernière.
Mélanie Claux vit dans le culte de la téléréalité depuis le premier Loft Story. Obsédée par la célébrité, elle a créé une chaîne YouTube « Happy Récré », sur laquelle elle poste des vidéos de ses enfants. Une chaîne qui a beaucoup de succès, a fait de Kimmy et de Sammy des stars, et qui lui rapporte beaucoup d’argent. Mais un jour, la petite Kimmy disparaît.
Bon. Il est fort possible que si je ne l’ai pas lu avant, c’est que mon intuition me disait que j’allais être déçue par ce roman qui a pourtant reçu nombre d’éloges. Alors certes, Delphine de Vigan sait raconter des histoires et entraîner son lecteur, et une fois que j’ai été plongée dedans, j’ai eu du mal à le lâcher car je voulais connaître le fin mot de l’histoire. En outre, le thème, les dérives des réseaux sociaux et leurs dangers, et en particulier ici l’exploitation des enfants, est très intéressant.
Mais voilà : j’aime qu’une lecture m’invite à réfléchir, et me questionne, et ici il n’y a pas d’espaces pour ça, car les réponses sont déjà apportées. Le roman manque de nuances et de subtilités, tout comme d’ailleurs les personnages. A part Mélanie et la policière, Clara, aucun n’est creusé, et en particulier Bruno, le mari de Mélanie, dont on ne sait finalement pas grand chose. Et quand je dis que Mélanie et Clara sont creusées, c’est un effet de perspectives : je n’ai rien ressenti concernant Clara, je ne l’ai pas comprise car au final on ne sait pas grand chose d’elle non plus, et certains points m’ont semblé assez caricaturaux.
Quant à Mélanie, il y avait de quoi faire, et par moments, comme dans la citation que j’ai mise en exergue, il y a l’esquisse de quelque chose d’intéressant, mais cela reste en surface. Mélanie est habitée par un grand vide, un besoin d’être aimée et reconnue, elle s’est construite sur une faille narcissique qui la pousse à se projeter sur ses enfants. Elle aurait pu être un personnage beaucoup plus intéressant qu’elle ne l’est. Malheureusement, on sent que la narratrice (l’autrice ?) n’aime pas son personnage et elle en fait la méchante de l’histoire. Alors que la réalité est plus nuancée, je crois.
Bref, ce que je reproche à ce roman, c’est d’être un roman à thèse, une condamnation et non une réflexion, sur un sujet complexe qui aurait mérité de ne pas être autant simplifié. Dommage, je n’aime vraiment pas les romans à thèse !
Les Enfants sont rois (lien affilié)
Delphine de Vigan
Gallimard, 2021 (Folio, 2023)









Un petit mot ?