J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais quinze ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche.
Je ne sais pas ce qui s’est passé avec ce roman : alors même que, dès sa sortie, je l’avais noté parce qu’il aborde des thèmes (l’amour, la passion amoureuse, le couple, l’amour) qui sont les miens et que tout le monde en disait du bien, alors même que beaucoup de gens me disaient « il faut absolument que tu le lises, c’est tout à fait ton style, tu vas adorer« , je ne l’avais pas lu. Il aura fallu la sortie du second roman de Maud Ventura et son passage dans plusieurs podcasts que j’aime et notamment le fabuleux Ressentir de Jessica Troisfontaine dont je vous ai déjà parlé un million de fois, pour que je me dise que tout de même, oui, il fallait que je le lise. Enfin.
La narratrice aime son mari. Mais elle l’aime comme on aime au début d’une histoire : de manière fiévreuse, inquiète, intranquille. Elle n’est visiblement pas sortie de la période passionnelle. Plutôt que de dire qu’elle l’aime, il faudrait dire qu’elle est amoureuse. Folle amoureuse. Et elle a une drôle de manière de vivre cet amour. Nous la suivons pendant une semaine, qui n’a a priori rien de particulier, mais qui la conduit à aller peut-être un petit peu trop loin.
Ce roman, que j’ai adoré, m’a fait passer par une multitude de phases émotionnelles, et m’a plongée dans des abymes de questionnements existentiels au sujet du couple et de l’amour.
Au début, j’ai trouvé que ça avait quelque chose de beau, cet amour : ne jamais s’habituer et tenir l’autre pour acquis, avoir le cœur qui bat plus fort lorsqu’il arrive, l’attendre, être toujours bouleversée de le voir, émerveillée, vouloir le séduire jour après jour : l’amour est un art, et je me disais que la narratrice l’avait bien compris, en cherchant à mettre de la poésie dans le quotidien, et qu’il y avait de très belles trouvailles. Pour tout dire, il y a des points sur lesquels je me suis reconnue, et des choses que je serais tout à fait capable de faire.
Progressivement, j’ai commencé à me dire que tout de même, ce n’était pas sain : le couple, c’est aussi pouvoir se reposer en toute confiance dans l’amour de l’autre, et là elle ne se repose pas du tout et n’a nullement confiance : elle est en représentation constante, soigne tous les détails, ne s’abandonne pas à l’autre, ne se montre jamais vulnérable. Construite sans doute sur une faille narcissique, elle est obsédée par le contrôle et par la perfection.
Plus on avançait dans la semaine, plus je me disais qu’elle était vraiment sonnée (ce qui m’a permis de me sentir normale en comparaison) : son attachement à son mari (terme qui sature le texte comme une litanie, avec le possessif : elle ne l’appelle jamais autrement et on ne connaît même pas son prénom) est anxieux et à la limite du pathologique (je me demande même si la limite n’est pas dépassée), son mental tourne en boucle, elle prend la mouche pour des broutilles et le punit sans même qu’il en ait conscience, d’une manière qui, le jeudi puis le samedi, m’a semblée disproportionnée. Pour tout dire, je me suis sentie trahie par la narratrice, à laquelle je m’étais, malgré sa folie, attachée, et je me suis mise à la trouver proprement insupportable.
Cela dit, l’avantage du mental envahissant, c’est qu’elle s’autoanalyse très bien, et a parfaitement conscience qu’elle est plus amoureuse de l’amour (et encore, je me demande) que de son mari.
Quant à l’épilogue, il a failli me faire tomber de mon canapé, et je ne sais toujours pas si je l’ai trouvé mignon ou terrifiant. Sans doute les deux.
Bref : un roman qui mérite amplement son succès tant il est drôle et incisif, parfaitement maîtrisé et écrit, et que je ne peux que vous encourager à découvrir si vus ne l’avez pas encore fait !
Mon Mari (lien affilié)
Maud VENTURA
L’Iconoclaste, 2021 (Proche, 2023)









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