Accueillir ou provoquer l’imprévu : c’est ce que je nomme dans ce livre l’échappée belle. L’art de recevoir ou de s’offrir des cadeaux. L’art de s’émerveiller des contretemps. L’art de vivre dans les interstices. L’art de retrouver des sensations insoupçonnées. L’art de se sentir exister, au-delà du cadre. Les pages qui suivent en explorent les différentes facettes.
Je n’ai plus la moindre idée de la manière dont je suis tombée sur ce petit essai (sans doute une suggestion de l’algorithme), mais le fait est que la thématique m’a interpelée : comment remettre de l’émerveillement et de l’imprévu dans le quotidien, afin de le rendre plus riche ? Comment se faufiler dans les brèches du réel pour découvrir autre chose ?
Car l’imprévu est bien, ici, le point de départ de ce texte, à la fois philosophique et introspectif, d’où affleure souvent la poésie : le plaisir de la surprise, qui nous permet de sortir de la routine imposée, automatique, s’échapper du cadre dans lequel nous enferme la vie quotidienne pour laisser surgir l’inattendu, et vivre une autre expérience du monde, avec d’autres yeux, à condition de savoir l’accueillir, voire le provoquer. Se crée alors une esthétique, voire une éthique, de la micro-fugue : lorsqu’un fait inattendu, comme un rendez-vous annulé ou une grève, change le programme de la journée, et perce une trouée dans le quotidien, rendant l’escapade possible.
Certains lieux sont propices à ces micro-fugues : certains cafés qui semblent échapper au passage du temps, les cimetières, les immeubles dans lesquels on se faufile au hasard d’une porte ouverte, les restaurants vides, les premiers étages, les aéroports, même si on ne part pas, les bancs publics et les églises.
Bifurcation, brèche, intermède, il s’agit avant tout d‘échapper à la vie « normale », comme on s’échappe de prison. Ce sont alors comme des épiphanies, qui nous ouvrent un passage vers la beauté du monde, et qui donnent envie de les écrire : ces micro-fugues se font alors motif littéraire, comme par exemple chez Simenon ou chez Modiano.
C’est un élan de vie, élan vers l’inconnu, que suivre ces chemins de traverse qui nous mènent vers notre moi profond. Invitation à suivre cet élan, ce petit essai émet alors l’hypothèse que, finalement, la vraie vie se trouverait là, dans les interstices :
et si toutes nos activités, cadrées de part en part, n’étaient là que pour magnifier ces moments exceptionnels ou nous fuyons le monde par intermittence ?
Et, je l’avoue, c’est cette hypothèse qui m’a un peu chagrinée, même si je conçois qu’elle est tout à fait pertinente (et réelle) : au final, je trouve cela triste, de devoir s’échapper pour vivre pleinement. De ne vivre que dans les interstices. Ce n’est pas du tout une réserve : ce petit essai m’a dans l’ensemble fort réjouie, et j’ai aimé la vision du monde qu’y propose Rémy Oudghiri, celle où tout est propice à l’émerveillement, à condition de cultiver sa disponibilité poétique et être capable de porter son attention sur les plus petites choses.
L’Echappée belle. L’art de s’évader un peu chaque jour (lien affilié)
Rémy OUDGHIRI
PUF, 2023









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