Je pense depuis longtemps que nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes réellement, à moins de comprendre les archétypes et, plus précisément, nos archétypes personnels, car ils représentent les lunettes psychiques à travers lesquelles nous nous voyons et nous observons le monde qui nous entoure. En tant que société, nous avons entrepris une quête pour comprendre notre fonctionnement psychologique, pour comprendre ce qui nous fait tels que nous sommes et ce qui s’avère guérisseur pour nous. Ces questions ont éveillé en nous non seulement la nécessité d’être conscients que les archétypes ont une influence sur nous, mais aussi le désir de connaître le moyen grâce auquel ils s’expriment dans la vie de tout un chacun. Les archétypes sont le nouveau langage du pouvoir.
La notion d’archétype est un des principaux apports de Jung à la psychologie. Définis comme des symboles primitifs universels, appartenant à l’inconscient collectif, ils structurent la psyché en tant que formes dans lesquelles s’organise le contenu. On les retrouve partout : ils sont à la base des récits mythologiques et plus généralement de toutes les histoires, du Tarot et de l’Astrologie, mais aussi du marketing. Le sujet des archétypes m’intéresse depuis longtemps, que ce soit d’un point de vue culturel et intellectuel ou d’un point de vue personnel d’introspection, savoir qui je suis pour pouvoir l’incarner pleinement : quels sont mes archétypes ? Et c’est justement le propos de cet essai de Caroline Myss, qui date de 2014 : aider les gens à faire des choix à travers le prisme de leurs archétypes, afin de vivre ce qu’ils ont à vivre.
En effet, nous ne pouvons pas savoir qui nous sommes réellement à moins de comprendre nos archétypes personnels, c’est-à-dire le prisme psychique à travers lequel nous nous voyons et voyons le monde : ils sont le vocabulaire de notre intuition, qui nous permettent de vibrer en harmonie avec elle si nous les incarnons, et la clé de notre pouvoir personnel, qui se manifestent à nous sous de nombreuses formes, notamment les rêves et les synchronicités.
Les archétypes, selon Caroline Myss, sont infiniment nombreux, puisqu’aux archétypes anciens, universels et intemporels, s’ajoutent de nouveaux archétypes, créés au cours de l’évolution, ils changent constamment et s’organisent en familles. Chacun de nous dispose d’un agrégat spécifique et unique d’archétypes qui s’expriment individuellement et conjuguent parfois leurs énergies, et nos missions de vies sont gouvernées par les schémas archétypiques. D’où la nécessité de les connaître. L’autrice analyse alors 10 archétypes qui lui semblent être les formes spécifiques du pouvoir actuellement : l’Aidante, l’Artiste, l’Athlète, la Branchée, la Chercheuse Spirituelle, l’Intellectuelle, la Militante, la Rebelle, la Reine et la Visionnaire. En fin d’ouvrage, elle analyse brièvement une plus grande liste d’archétypes.
Dans les grandes lignes, j’ai trouvé le travail de Caroline Myss très intéressant : les archétypes sont précisément décrits et analysés, notamment leur ombre et leurs croyances limitantes qui les empêchent de s’exprimer pleinement, et il contient beaucoup de clés pour avancer et retrouver son pouvoir, et vivre son archétype.
Mais le premier problème est qu’il repose entièrement sur l’effet Barnum : pour chaque archétype, elle donne les schémas de comportement et traits de caractère, à vous de voir si cela vous correspond ou non. Le souci est qu’avec ce système, on a tendance à se reconnaître un peu partout, et si je n’avais pas déjà su à la base quels étaient mes archétypes et comment ils dialoguaient entre eux je pense que cet ouvrage ne m’aurait guère avancée. A sa parution, le livre était adossé à un site internet qui proposait justement (d’après ce que j’ai compris) des tests pour savoir quel était notre archétype structurant, mais il n’existe apparemment plus.
Mon autre réserve est plus théorique : je ne suis pas d’accord avec le fait que les archétypes sont d’un nombre infini. Pour moi, seuls existent les archétypes universels et intemporels, qui acquièrent au fil du temps de nouvelles manières de s’exprimer, et ne s’expriment pas de la même manière d’un individu à l’autre, mais cela ne constitue pas de nouveaux archétypes, et leur nombre est fini (une douzaine).
Ce qui fait qu’au final, la liste d’archétypes analysés par l’autrice me semble à la fois incomplète (il manque des archétypes fondamentaux, notamment celui de l’Amoureuse/Amoureux, expédié en dix lignes en fin d’ouvrage) et parcellaire dans certains cas, ou au contraire scinder en deux (voire plus) un même archétype : par exemple, je n’ai pas bien compris la différence entre la militante et la rebelle, les distinctions dans l’expression ne me semblant pas justifier qu’on en fasse deux archétypes différents. De même, la « branchée » n’est pour moi qu’une manière de la Reine de s’exprimer.
Alors évidemment, on va me dire que je pinaille, et c’est un peu vrai : cela reste un ouvrage d’introduction, plutôt intéressant et éclairant, et qui permet d’avoir une première approche du sujet passionnant des archétypes. Il demeure néanmoins un peu court pour ceux qui sont déjà plus engagés dans la connaissance de soi.
Archétypes. Qui êtes-vous ?
Caroline MYSS
Traduction de Sylvie Fortier
Vega, 2014









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