L’amour des belles choses : de vide-grenier en brocante

L’une de mes grandes passions du printemps et de l’été, ce sont les vide-greniers. Je vis à côté d’un dépôt-vente, où je vais régulièrement, au point où le propriétaire sait exactement quelles sont mes manies (en ce moment ce sont les vieilles bouteilles italiennes en terre cuite et les dame-jeanne, dont il m’a demandé l’autre jour si j’en faisais du trafic). Et pour couronner le tout, j’ai un voisin qui est aussi passionné que moi, possède des merveilles et m’en offre à l’occasion : il m’a donné toute une collection de boîtes à ruban de machines à écrire, et deux machines. Parce qu’il n’avait plus la place de les garder, mais voulait qu’elles aillent à quelqu’un qui les aimerait.

J’ai souvent noté ce truc, d’ailleurs : dans les vide-greniers, les gens se séparent parfois d’objets auxquels ils tiennent, mais ne peuvent plus garder pour des raisons diverses, et ils sont heureux de les voir partir avec quelqu’un qui les appréciera à leur juste valeur, après avoir raconté leur histoire. Comme ces plateaux marocains qu’une dame tenait de son père qui les avait rapportés de ses voyages et qu’elle était heureuse de me voir adopter. Oui, je dis souvent adopter.

Le fait est : j’aime les vieux objets, les vieux meubles, les vieilles maisons aussi, tout ce qui a une histoire et, soyons fous, une âme. Ils me parlent. M’émeuvent. Dernièrement, j’ai adopté un vieux porte-plume d’écolier : sur la petite équerre en bois, l’enfant a écrit son nom, et la date, 1916, et cela me touche infiniment.

Parfois, il se passe quelque chose d’étrange : je suis tranquillement chez moi, et j’ai l’impulsion subite d’aller au dépôt-vente. C’est comme un appel, auquel je ne peux pas résister : je sais alors qu’il y a un objet qui m’attend, souvent un objet dont j’avais envie et que j’attendais de trouver. Ma visite se transforme alors en chasse au trésor pour trouver cet objet qui m’a appelée.

Sur les vide-greniers, je pratique l’attention flottante : je passe, je musarde, je laisse vaguement traîner un oeil, mais s’il y a quelque chose pour moi, mon attention se focalise d’un coup.

Un de mes rêves, ce serait d’acheter une vieille ferme en ruine, de la retaper et de la meubler avec des choses que j’aurais chinées ici ou là. Ou carrément d’ouvrir ma propre boutique.

Les vieux objets ont un charme que le neuf ne possède que rarement (sauf s’il est artisanal) même si, évidemment, je n’ai pas uniquement des vieux objets ni même des objets artisanaux. Mais c’est tout un art, d’associer l’ancien et le neuf. Un art que j’aime, parce qu’il me permet d’avoir un appartement qui me ressemble vraiment.

Je crois que cet amour vient aussi de mon rejet de l’épure et du vide : c’est dans l’accumulation que je trouve ma joie. Les associations hétéroclites, sur lesquelles on n’aurait pas parié, mais qui fonctionnent parfaitement. Ou non : je suis toujours fascinée par les étals des vide-greniers, où voisinent des trésors, dont les gens n’ont parfois pas conscience, et des choses plus curieuses, mais qui ont peut-être leurs amateurs.

Ce que j’aime, aussi, c’est l’idée de transformation. Que certains objets utilitaires trouvent une seconde vie, une vie pleinement esthétique, comme une sorte de retraite : des seaux en bois qui ont servi à charrier charbon ou grain et qui deviennent des cache-pot, ou mes bouteilles italiennes qui seront bientôt transformées en lampes de chevet. Je n’ai pas encore d’idée de ce que je ferai avec ma cave à liqueur, il faut d’abord que je la répare, et c’est un des travaux prévus pour l’automne.

Et ça aussi, c’est une joie : récupérer un objet, parfois en mauvais état, sale (à peu près toujours) et parfois un peu abîmé. Je nettoie amoureusement (y compris énergétiquement si je sens que ça vibre mal, mais c’est rare : dans ce cas, en général, je n’adopte pas), parfois je répare, parfois je laisse certaines abîmures (pourquoi ce mot n’existe pas ?) parce que, comme des cicatrices, elles sont la marque d’une histoire.

Et vous, vous aimez chiner ?

11 réponses à « L’amour des belles choses : de vide-grenier en brocante »

  1. Avatar de James Jones

    J’adore fureter quand l’occasion se présente, sur des vide-greniers ou des brocantes.
    Il est vrai qu’on a de belles surprises ^^
    Par contre, n’ayant pas la chance d’avoir un vaste lieu, je me contente souvent juste de l’observation des dits objets.
    Ou alors, ce sont des petits objets qui ont la chance de partir avec moi…

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    1. Avatar de Caroline Doudet

      J’ai la chance d’avoir un appartement assez grand mais il commence à être plein…

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  2. Avatar de Martine Dardenne

    C’est joli ce mot « les abîmures »….:)

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    1. Avatar de Caroline Doudet

      Oui, je ne vois pas pourquoi il n’existe pas !

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      1. Avatar de Martine Dardenne

        Mais toi tu l’as inventé donc maintenant il existe et si tu le permets, je l’utiliserai à l’occasion 😁

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        1. Avatar de Caroline Doudet

          Mais oui, fais vivre ce nouveau mot !

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          1. Avatar de Martine Dardenne

            Je n’y manquerai pas 🤩

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  3. Avatar de Emilie
    Emilie

    Je ne chine pas, ce n’est pas mon truc, en revanche j’aime beaucoup te lire sur le sujet, c’est très harmonieux (je ne trouve pas d’autre façon de le formuler) la façon dont tu en parles et ta relation avec ces objets.

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  4. Avatar de L’amour des belles choses : artisanat et fait maison – Caroline Doudet

    […] comme j’aime les vieux objets qui ont une histoire, et que je chine avec délices, j’aime les objets artisanaux. Ceux qui sont fabriqués avec […]

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  5. Avatar de Autrice indépendante : autobiographie des objets – Caroline Doudet

    […] voyagé peut-être, comment ils s’étaient retrouvés ici. Ce qui a provoqué les quelques abîmures dont ils sont parfois porteurs. S’ils étaient hantés, […]

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