Pour moi, les fantasmes sont en effet bien plus qu’un simple ressort d’excitation. Ils sont bien plus, aussi, que les définitions enfermantes dans lesquelles on les met souvent et qui font dire à beaucoup d’entre nous, presque honteusement : « Des fantasmes ? Ah non, je n’en ai pas. »
Quand je pense « fantasmes », je vois avant tout un espace personnel, un vrai jardin secret. Un espace de rêverie qui permet de s’interroger sur ce qu’on aime vraiment, ce dont on a besoin, ce qu’on aimerait peut-être explorer.
Les fantasmes sont un de mes sujets privilégiés de réflexion et d’écriture, et je leur ai consacré plusieurs éditions de l’Escale Amoureuse. Et j’y reviendrai sans doute dans l’une ou l’autre des prochaines éditions de l’Escale Poétique tant le sujet est riche et inépuisable. C’est donc avec une grande curiosité que je me suis plongée dans cet essai de Maud Serpin sur les fantasmes au féminin.
L’idée de cet essai, où le fantasme est défini comme un espace de rêverie et de liberté qui permet de mieux se connaître, est d’aider les femmes à devenir sujets de désir et à se réapproprier leur imaginaire : un chemin pour penser les imaginaires, les nourrir et les affirmer.
Cela passe d’abord, première étape, par définir ce qu’est le fantasme et ce qu’il n’est pas : loin de nous indiquer ce que nous voulons effectivement mettre en œuvre dans le réel, ou être une liste de case à cocher, le fantasme nous indique des parts de nous-même dont nous n’avons pas toujours conscience. La deuxième étape de ce cheminement consiste donc à connaître ses fantasmes, en quoi ils sont conditionnés et comment, et quels sont les différents univers fantasmatiques que nous pouvons explorer afin de voir ce qui nous correspond à nous. Il s’agit, là encore, d’un chemin vers soi : savoir qui nous sommes lorsque nous désirons et sommes désirée.
Troisième étape : accepter ces fantasmes. En effet, ils suscitent parfois des émotions négatives, lorsque la honte de ce que nous fantasmons vient se mêler au plaisir et à l’excitation : les fantasmes se heurtent parfois à nos valeurs, nos convictions, notre éthique, et tout l’enjeu est alors de se réconcilier avec eux, d’accepter que ce qui nous donne du plaisir est parfois un territoire en dehors du réel (ils n’ont pas nécessairement vocation à être réalisés), et de se les réapproprier.
On peut alors passer à l’étape suivante : nourrir ses fantasmes, les enrichir, afin d’accroître son bien-être et son assertivité sexuelle (c’est-à-dire la capacité à identifier et exprimer ses besoins). Cela passe par beaucoup de choses, mais l’écriture est un des moyens les plus puissants d’adopter une posture créatrice vis-à-vis de son univers fantasmatique.
Ensuite, pourquoi ne pas partager ses fantasmes ? Ce n’est nullement une obligation, mais cela permet de donner aux fantasmes la place qu’ils méritent dans la relation. Ce qui permet éventuellement de passer à la dernière étape, réaliser ses fantasmes, qui n’est là encore nullement obligatoire. D’abord parce que certains fantasmes ne sont par essence pas réalisables, à cause des contraintes inhérentes au réel (le consentement, la légalité, la sécurité, mais aussi la faisabilité tout court). Certains fantasmes réalisés peuvent perdre leur charge érotique (même si l’imaginaire est une ressource infinie qui évolue, se réinvente, s’enrichit sans cesse, et que l’expérience vécue peut parfois faire naître autre chose). Mais parfois, réaliser un fantasme est une expérience fabuleuse !
Bref, un essai riche et stimulant, nourri de témoignages, d’activités (j’ai particulièrement aimé la cartographie de nos univers fantasmatiques), de propositions d’écritures. Il m’a passionnée, interrogée, et il a nourri un de mes projets en cours !
Fantasmes au féminin. Laissons vivre nos imaginaires (lien affilié)
Maud SERPIN
La Musardine, 2025









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