Manifesto : l’expérience totale du féminin

Et si les femmes cessaient de marcher sur une seule jambe ?

Récemment, je me suis heurtée, une fois de trop, à certaines prises de positions féministes qui ont le don de me faire sortir de mes gonds, car je les estime non seulement culpabilisantes, mais dangereuses, car elles coupent les femmes qui ne veulent pas y adhérer du féminisme. Je me demande même d’ailleurs si ce n’est pas le but caché, tant cela semble caricatural.

Evidemment, il s’agit là de positions extrémistes, et la plupart des féministes sont sur la même ligne que moi, à savoir soutenir les femmes dans leurs choix, sans culpabilisation, sans condescendance, sans leur dire qu’elles feraient mieux de… Les discours que je fustige ne représentent pas l’ensemble du féminisme, au contraire, mais on les entend suffisamment souvent (et suffisamment fort) pour que cela m’ait donné envie de leur faire un sort, surtout lorsqu’ils sortent de la bouche de femmes qui considèrent que si on pense autrement c’est qu’on n’est pas féministe.

Le premier discours, rampant un peu partout et mon ennemi de toujours, c’est le lesbianisme politique, qui enjoint les femmes à renoncer à l’hétérosexualité et donc aux relations amoureuses et sexuelles si vraiment elles n’ont aucun désir pour les femmes. Alors que l’on puisse, à titre personnel, éventuellement, regretter d’être hétérosexuelle (mais j’ai tout de même du mal avec ce discours) et ne plus vouloir de relations avec les hommes, je n’y vois pas de problème, chacun son cheminement ; mais en faire un principe idéologique qui devrait s’appliquer à toutes les femmes, non. Considérer celles qui refusent comme des « traitresses » ou des collabos » (je l’ai lu, ne dites pas que j’exagère), encore moins. J’aime les hommes (pas tous individuellement bien sûr), mon histoire personnelle fait qu’en plus je suis bien placée pour connaître la dangerosité de certaines femmes, et je crois fermement que c’est l’amour qui est la réponse, pas le rejet. Je n’ai de toute façon pas envie de renoncer à ma vie amoureuse et sexuelle.

Le deuxième discours est également mon ennemi de toujours, et concerne l’apparence et le soin de soi : là encore, qu’il y ait des femmes qui ne veuillent pas s’épiler, se colorer les cheveux, se maquiller etc. je n’y vois aucun inconvénient, à condition qu’on ne me force pas, moi, à y renoncer aussi, et qu’on ne me regarde pas avec condescendance sous prétexte que je serais « matrixée par le patriarcat » (c’est l’expression utilisée récemment dans son podcast par une femme que j’aimais bien et qui expliquait ne pas vouloir renoncer à la beauté, mais culpabilisait parce qu’elle avait conscience de…). J’ai suffisamment étudié la question de la parure pour affirmer que c’est beaucoup plus complexe que ça, et de toute façon, c’est tout de même bien mon droit de me parer pour séduire, si cela me fait plaisir. Et de ne pas vouloir de cheveux blancs.

Le troisième point de fiction est toujours le même : la question du féminin en soi. Je ne développerai pas aujourd’hui.

En fait, j’ai l’impression qu’au cours de l’histoire, tout le monde s’est attaché à ce que les femmes ne puissent jamais se sentir entières, intègres, qu’elles ont toujours dû choisir. Qu’on leur a tantôt coupé une jambe, tantôt l’autre, et qu’elles ont toujours avancé à cloche-pied, ce qui est difficile pour aller loin.

Pendant des siècles, les femmes ont été réduites à l’amour, au couple, aux enfants, au soin de l’autre, et leur valeur se réduisait à leur beauté, et leur capacité à enfanter, aux sacrifices qu’elles faisaient pour les autres. Elles n’avaient aucun droit, aucun choix, leur voix ne portait pas. Elles avançaient, amputées d’une partie essentielle d’elles-mêmes : l’autonomie, la création, la liberté.

Les luttes féministes ont heureusement libéré les femmes de ce carcan, leur ont offert l’autonomie, la maîtrise de leur corps et de leur sexualité, la possibilité de faire des choix, mais finissent aujourd’hui par développer de nouvelles injonctions : délaisser l’amour et le couple au profit de l’amitié et de la carrière, renoncer à l’hétérosexualité, refuser la recherche de la beauté qui ne serait que soumission au patriarcat et perte de temps, refuser l’idée même du féminin, qui ne serait qu’une construction sociale. Celles qui refusent sont considérées, avec une certaine condescendance, comme « matrixées ». Pas encore « déconstruites ».

Finalement, les femmes sont toujours amputées : c’est simplement ce qui est coupé qui a changé. Et elles avancent toujours à cloche-pied. Mais de l’autre pied. Ce n’est pas beaucoup plus agréable, ni efficace pour aller loin.

Je ne remets pas du tout en cause le féminisme (j’ai l’impression qu’il faut que je le répète mille fois) : je suis profondément féministe, même si « on » m’accuse parfois de ne pas l’être, et on ne peut pas dire que mes choix de vie marquent une soumission au patriarcat. Je suis indépendante, je n’ai pas d’enfants et cela ne me manque pas, je fais ce qui me plaît sans demander la permission à personne. Mais aussi j’aime séduire, je suis profondément hétérosexuelle et je n’ai aucune intention ni de renoncer à ma vie amoureuse ni de changer d’orientation, j’aime prendre soin de mon intérieur, décorer, faire la cuisine, prendre soin de l’homme que j’aime lorsqu’il y en a un, passer des heures dans la salle de bain, me maquiller. Pas parce que je suis matrixée : parce que j’aime profondément ça.

L’amour (amoureux) est ma seule véritable religion. Pas parce que je suis matrixée, mais parce que je sais que j’ai raison.

Et lorsque je regarde l’effrayant mouvement des trad wives, je crois qu’il montre surtout des femmes perdues, à qui on a fait croire qu’elles devaient choisir. Et qui, comme elles avaient puissamment envie de faire des gâteaux avec un enfant sur la hanche, ont cru que cela voulait dire renoncer à toutes les avancées féministes. Ce qui n’est évidemment pas le cas.

Moi je veux apprendre aux femmes à marcher sur leurs deux jambes, que tout est important et qu’elles n’ont pas à choisir.

Elles peuvent créer, entreprendre, être indépendantes et autonomes, voyager seules, tout en tenant l’amour pour essentiel, en ayant envie de se faire belles pour elles ou pour les autres, en aimant cuisiner et prendre soin de leur intérieur. Ou non : elles peuvent aussi bricoler, faire de la mécanique, du parapente ou aller à la pêche. Tout ça à la fois. Ou rien du tout.

Là se trouve le vrai pouvoir féminin, celui qui s’incarne dans la sorcière moderne.

Une femme puissante dans son apparence, sa sexualité, sa profondeur, sa complexité, sa séduction.

Une femme qui ne renonce à rien pour entrer dans les cases trop petites pour elles.

C’est cette femme puissante et indépendante qui a toujours fait peur. Au patriarcat et aux hommes dont la masculinité est précaire, et qui ont besoin de rabaisser les femmes pour se sentir forts. Aux femmes qui ont parfois peur de cette puissance et ne se sentent pas capables de l’assumer. Alors elles rabaissent les autres femmes. Les empêchent de briller.

Mais ce dont le monde a le plus besoin, c’est de femmes puissantes, qui embrassent leur profondeur et leur complexité. De femmes qui veulent tout. De femmes qui ne veulent plus se mutiler, s’amputer de parts essentielles d’elles-mêmes.

Des femmes qui embrassent toutes leurs facettes, sans culpabilité, sans se diminuer. Elles sont autonomes, indépendantes, créatives, elles n’ont pas peur de la solitude, et en ont même besoin. Elles ne sont pas prêtes à tout pour être en couple, mais tiennent l’amour pour essentiel. Elles combattent le patriarcat mais pas les hommes, elles les aiment, elles embrassent leur hétérosexualité profonde sans honte. Et si elles préfèrent les femmes ce n’est pas par choix idéologique mais bien parce que là les porte leur désir.

Elles sont à la fois objets et sujets du désir, et l’assument pleinement.

Elles sont au service de l’amour, mais pas asservies par lui.

Elles sont féministes, même si on les accuse parfois de ne pas l’être.

Elles sont femmes, absolument, totalement, intégralement. Quels que soient leurs choix.

4 réponses à « Manifesto : l’expérience totale du féminin »

  1. Avatar de vagabondageautourdesoi

    L’extrémisme est un poison fait pour diviser et pour enfermer. Il est dommage et dommageable que cela porte aussi sur ce courant nécessaire et indispensable, déjà si controversé par un retour de la loi du plus fort ! Merci d’avoir mis des points sur les i 😆

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  2. Avatar de lizagrece
    lizagrece

    Ce neo féminisme dont tu parlesn’est pas représentatif de tout le mouvement féministe et heureusement! Le danger réside justement dans le fait que beaucoup de femmes [et d’hommes] pensent que le féminisme est dans cette radicalité souvent contre productive

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Caroline Doudet

      Oui voilà : bien sûr qu’il n’est pas représentatif, mais le problème c’est qu’il occupe pourtant beaucoup d’espace !

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Portrait plan américain d'une femme châtain ; ses bras sont appuyés sur une table et sa maingauche est près de son visage ; une bibliothèque dans le fond

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