Frank, qui avait prévu de travailler toute la semaine dans ses bureaux vides, n’avait jamais été un voyageur spontané, mais disons qu’il aimait l’idée de l’être. Il en avait les moyens mais il lui manquait la motivation. Et voilà que débarquait Cleo, dotée de tout l’inverse. Ils se tournèrent l’un vers l’autre d’un même mouvement. Après un instant d’hésitation, il l’attira contre lui et la serra dans ses bras. Elle avait les cheveux qui sentaient le savon, l’amande et la cigarette. Son torse à lui sentait la laine mouillée et une eau de toilette chère qu’elle reconnut, un mélange de tabac et de vanille.
Cela faisait quelque temps que j’avais envie de découvrir l’écriture de Coco Mellors, que je suis sur Instagram, mais son deuxième roman ne m’attirait pas plus que ça. Du reste, j’aime plutôt commencer ma découverte d’un nouvel auteur avec leur premier roman, et celui-ci avait tout pour me plaire, puisqu’il s’agit d’une histoire d’amour passionnelle, qui interroge le couple et ses mécanismes.
Cleo et Frank se rencontrent un soir de nouvel an, dans l’ascenseur d’un immeuble new-yorkais. C’est d’ailleurs plus une collision entre deux planètes qu’une rencontre : Cléo est une jeune peintre anglaise fauchée, dont le visa se périme bientôt. Frank est un publicitaire à succès dans la force de l’âge. Six mois plus tard ils se marient, pour le meilleur, et surtout pour le pire, comme on dit. Parce que parfois, l’amour ne suffit pas.
Malheureusement, j’ai moins aimé ce roman que je ne l’aurais souhaité, et c’est loin d’être un coup de cœur, même si je ne l’ai pas non plus détesté. En fait, plus que l’histoire, c’est l’ambiance que je n’ai pas aimée, une ambiance souvent poisseuse, triste, et glauque, peuplée de junkies, et j’ai mis beaucoup de temps à apprécier les personnages eux-mêmes. En outre, j’ai trouvé qu’il y avait trop d’arcs narratifs parallèles, qui n’étaient pas toujours menés à leur conclusion.
Et c’est dommage : j’ai beaucoup aimé l’écriture, et la réflexion que propose le roman sur le couple, à travers ce qui est, il faut bien l’avouer, la chronique d’un naufrage annoncé. Et ce n’est pas leurs différences qui posent problème. Simplement, il y a des couples où chacun révèle le meilleur de l’autre, sa lumière, et des couples ou au contraire chacun révèle le pire de son partenaire, et son ombre. Le couple que forment Frank et Cleo est de ceux-là : chacun souffre de blessures émotionnelles profondes, d’un type d’attachement malsain, et non seulement chacun refuse de comprendre l’autre, d’éprouver de l’empathie, de communiquer, mais en plus, il appuie là où ça fait mal chez l’autre. Et le détruit. Malgré l’amour pourtant réel.
Simplement, ils ne sont pas fait l’un pour l’autre.
Bien sûr, il faut parfois plonger dans l’ombre pour trouver la lumière, et le roman n’est pas pessimiste sur les relations amoureuses, au contraire, et il y a le personnage d’Eleanor, qui apporte beaucoup de légèreté alors qu’elle n’a pas, elle non plus, une vie facile. Et la fin est très belle.
Au final, je ne sais pas trop ce qui m’a manqué pour vraiment aimer ce roman, auquel je trouve beaucoup de qualités et dont j’ai aimé l’analyse des dynamiques de couple. Ce n’était peut-être simplement pas le bon moment, mais en tout cas, il mérite d’être découvert.
Cléopâtre et Frankenstein (lien affilié)
Coco MELLORS
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville
Anne Carrière, 2022 (Points, 2024)









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