Je ne veux écrire sur rien d’autre que l’amour

Le sujet qui nous habite

Dans son Journal, alors qu’elle est encore très jeune, Anaïs Nin écrit :

Je ne veux écrire sur rien d’autre. D’une certaine façon, je sens que c’est un sujet digne de mériter tout mon intérêt, mon adoration, mon entière dévotion. Je suis même fière d’être portée par lui, à tel point que tout le reste me paraît sans importance. C’est vrai, j’ai souvent écrit que le jour où je serais appelée à jouer un rôle dans la Vie, je devrais avant tout me montrer Femme. Et aujourd’hui j’écris, je travaille, mais avant tout je suis une femme et mon cœur et mon âme sont perdus dans les merveilles de l’amour, car c’est de l’amour que je parle, bien sûr.

Lorsque j’ai lu cette phrase, cela m’a fait sourire, cette certitude de la jeune adolescente qu’elle est destinée à se mettre au service de quelque chose dont elle ne sait encore rien. Et cela ne m’a pas seulement amusée parce qu’on peut dire qu’il s’agit là d’une intuition fulgurante, Anaïs Nin ayant en effet passé sa vie au service de l’amour, à le vivre et à l’écrire, même s’il y avait en elle une tension non résolue entre la femme, l’amoureuse et l’écrivaine.

Cela me fait sourire parce que je me reconnais parfaitement dans ces mots. Pour moi, l’amour est le seul sujet digne d’intérêt, d’attention, d’adoration. Et celui qui, pour moi, l’incarne.

Je dis parfois que l’amour est ma seule religion, et c’est vrai, mais pas l’amour universel pour son prochain, non, l’amour amoureux.

J’écris sur l’amour, le désir, la féminité.

Je suis au service de l’amour. Mais j’ai longtemps été asservie par lui.

C’est ce que m’avait dit une tarologue, il y a quelques années. J’avais gagné un tirage, à une époque où je ne connaissais rien au Tarot et ne m’y intéressais que très peu. Elle m’avait demandé sur quel domaine de ma vie je voulais qu’elle interroge son jeu, et j’étais tellement perdue dans tous les aspects de mon quotidien que je lui avais répondu de faire le tirage, et qu’on verrait bien le domaine qui ressortirait.

Elle n’a tiré que des coupes, ce qui, pour ceux qui ne connaissent pas le Tarot, représente les émotions.

Dans ce tirage s’était présenté, en particulier, le chevalier de coupe, qui représente un cavalier portant une coupe, et que j’aime associer à Lancelot du Lac portant le Graal, prêt à l’offrir (parce que, comme le dit un de mes mantras, le Graal, c’est l’amour).

Même si dans l’histoire, Lancelot n’a jamais tenu le Graal : le plus important, c’est que la carte représente une quête émotionnelle, un chemin initiatique où l’amour est la clé. Parfois, il annonce que l’amour gagne toujours à la fin.

Mais ce qui m’a marquée, c’est la manière dont la tarologue a formulé le message porté par le tirage. Elle m’a dit qu’écrire sur l’amour était ma mission, et que j’étais au service de l’amour, pour qu’il rayonne et reprenne sa place centrale dans nos vies.

Mais, a-t-elle insisté, être au service de l’amour n’est pas être asservie par lui.

Ce jour-là, beaucoup de choses se sont éclairées. Pas sur ma mission : que je devais écrire l’amour et la lumière, je le savais déjà. Comme Anaïs Nin, j’ai su très tôt que je ne voulais écrire sur rien d’autre, car aucun autre sujet n’avait d’importance.

Mais sur l’amour lui-même. Et sa place dans ma vie, ma manière de le vivre. J’étais asservie, pas au service de. Ceux qui ont lu L’Aimante acquiesceront en souriant. Cet asservissement est d’ailleurs programmé par le titre :

Elle était de ces êtres perpétuellement frustrés qui veulent que l’amour soit un don total et partagé qui les remplisse entièrement, et qui refusent les compromis, qui ne sont pour eux que des compromissions. Elle était une aimante, cette figure rilkéenne amoureuse de l’amour, qui n’existe que dans l’action d’aimer, d’un amour sublimé qui n’obtient pas de réponse parce qu’il est trop vaste pour le monde.

Le sujet de l’amour est le sujet de Juliette (évidemment), mais c’est une quête longue et difficile pour parvenir à lui accorder la place adéquate dans sa vie. Et c’est très probablement toujours le cas : chaque écrivain a son sujet, des questionnements qui le hantent et qu’il ressasse et approfondit sans fin. Chaque livre vient déployer les possibilités qui étaient en germes dans le précédent. Poser de nouvelles questions, apporter de nouvelles réponses.

Et, lorsque je regarde tout ce que j’ai écrit, ce qui est publié, ce qui ne l’est pas encore, ce que j’écris en ce moment, ce qui est à venir, toutes les graines d’histoires qui sont contenues dans ce carnet en cuir où, depuis 25 ans, je consigne idées et projets, je vois bien que tout illustre cette recherche qui est celle de toute ma vie.

Tous mes questionnements, depuis toujours, tournent autour de l’amour, de sa nature, de ce qu’il nous fait, de la manière dont il nous transforme. Ce que c’est qu’être amoureux. L’amour et ses plaisirs, ses joies, mais aussi ses tourments et ses souffrances.

L’amour, le désir, la sexualité aussi parce que pour moi, c’est inséparable.

Louise Labé, dans Débat de folie et d’amourécrit que

Le plus grand plaisir qui soit après amour est d’en parler.

Mais j’ajouterai (et elle le savait, puisqu’elle a écrit un des plus beaux poèmes qui soit sur le sujet, “Je vis, je meurs”) qu’écrire sur l’amour est aussi la plus grande consolation, lorsqu’il nous fait mal.

Dans un entretien qu’elle avait accordé il y a quelques années au magazine Happinez (et je suis bien désolée de ne pas pouvoir être plus précise), Brené Brown expliquait ce lien du chercheur et de l’écrivain à son sujet : notre sujet, c’est aussi ce qui nous résiste. Et, parce qu’il nous résiste, qu’il ne nous est pas donné d’emblée, qu’il est difficile pour nous, il nous est cher.

Est-ce que j’écrirais sur l’amour si tout avait été simple ? S’il ne m’avait pas résisté ? Sans doute pas : il n’y aurait pas de quête. Pas de cheminement, pas d’apprentissage. Pas de cavalier de coupe cheminant sous les étoiles, son Graal à la main.

J’ai donc écrit, longtemps, sur l’amour, les échecs, le manque, le chagrin. J’ai écrit des milliers de mots, même si peu sont parus, sur l’amour comme cheminement vers soi : parce qu’il nous remue, nous bouleverse, nous secoue, l’amour nous oblige à plonger en nous, affronter nos ombres et nos fantômes, entrer dans le labyrinthe et tuer notre minotaure. C’est le premier tome du Truc, L’Amour, le couteau, qui paraîtra je l’espère d’ici quelques mois.

Mais si on en est capable c’est aussi parce que, malgré tout, il y a cette certitude : l’amour est là, qui aime. Qu’il gagne toujours à la fin. Et ça, c’est le deuxième volume du truc : L’Amour, Le fil d’or ou l’équation de Dirac qui est je pense en voie d’achèvement.

Et je pourrai bientôt, enfin, en plus de tout ce que je veux écrire d’autre, me lancer dans l’écriture du troisième : L’Amour, La lumière.

Lorsque j’ai commencé à écrire ce projet bizarre qui au départ n’avait aucune forme ni aucune autre ambition que de m’aider à y voir clair dans le tsunami d’émotions intenses qui me submergeaient, je ne pensais pas en écrire trois tomes (et pas des petits tomes). Et pourtant.

Mais l’amour est mon sujet. Je ne veux écrire sur rien d’autre. Et pour rien au monde je voudrais que ça change.

(Article précédemment publié le 22 février 2026 sur l’Escale Poétique)

Une réponse à « Je ne veux écrire sur rien d’autre que l’amour »

  1. Avatar de georges
    georges

    Melle l’Irrégulière,

    J’ai lu votre récit sur l’amour de Anaïs NIN, je suis entièrement d’accord avec vous, l’amour, le désir et la sexualité est indissociable

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Portrait plan américain d'une femme châtain ; ses bras sont appuyés sur une table et sa maingauche est près de son visage ; une bibliothèque dans le fond

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