Ce que la littérature fait à nos amours et ce qu’elle répare
L’avantage, c’est qu’écrire redonne du pouvoir : je sais écrire, ce qui signifie que je peux transformer, ouvrir des chemins de traverse dans lesquels je choisis qui existe, créer des réalités fictives dans lesquelles je suis invincible, pas face à la mort, non, celle-ci je la laisse me traverser, mais face à la douleur, au deuil, aux blessures qui piquent les entrailles avant de piquer la peau. Je sais écrire, ce qui signifie que je peux créer les narrations que je veux pour posséder tout ce qui me brise, pour faire revivre ma grand-mère, pour contourner mon grand-père, je peux raconter les récits depuis des vies parallèles dans lesquelles je suis encore debout, dans lesquelles je ne suis jamais tombée à genoux, je peux voler nos histoires et les raconter à ma guise, je peux voler des combats et me les réapproprier pour qu’ils ne soient plus contre ceux que j’aime, je peux raconter ma vie en y effaçant le chaos, qui, à force, ne trouvent plus aucune résonance, plus aucun miroir pour les faire exister, j’écris les narrations qui suppriment mes douleurs, j’ai le pouvoir de produire par des mots les pardons que l’on ne mérite pas. J’écris, ce qui signifie que j’existe ailleurs que maintenant.
Ce sont les livres, les histoires, qui nous ont appris à aimer. En tout cas, moi, j’ai appris à aimer dans les livres, j’y apprends d’ailleurs encore beaucoup, et dans son nouvel ouvrage, une sorte d’essai autobiographique, Morgane Ortin part de cette évidence : parfois, les livres nous ont menti, et nous ont donné de l’amour une image qui n’était pas vraie, amplifiée et déformée. Mais, d’autres fois, les livres nous sauvent et réparent ce qui est brisé en nous.
C’est à travers une suite de mots, un lexique de mots intimes, un peu à la manière des Fragments d’un discours amoureux, que Morgane Ortin nous livre sa vision de l’amour, et le rôle de la littérature. Fusion, tendresse, jalousie, limérence, larmes, désir, manque, intimité, couple, ou encore miroir : autant de mots amoureux, qui trompent ou qui soignent.
Un livre pour les amoureux de l’amour, et pour les amoureux de la littérature. A travers ce dictionnaire personnel, c’est son autoportrait amoureux que nous offre Morgane Ortin, autoportrait dans lequel chacun peut saisir des éclats de soi : comment on aime ? Comment on veut être aimé ? Comment s’est construite notre image de l’amour ? Touchante et authentique, l’autrice nous donne à lire son histoire, et sa bibliothèque, riche d’un vaste corpus. Bien sûr, je n’ai pas toujours été d’accord (sur la limérence en particulier, terme à la mode sur lequel j’ai prévu d’écrire un de ces jours), et bien sûr, j’aurais parfois choisi d’autres textes, et d’autres mots, mais c’est ce qui est intéressant avec l’exercice car malgré cette distance, de vécu et d’expérience, de goûts littéraires aussi, j’ai la plupart du temps été touchée en plein cœur par la sensibilité délicate et d’une grande justesse de Morgane Ortin.
Beaucoup de choses sublimes dans ce livre, qui termine complètement bariolé tant j’avais envie de tout noter : les mots, les phrases, mais aussi les références littéraires, dont certaines m’ont profondément touchée : ma bibliographie déjà exponentielle sur le sujet amoureux n’a fait que s’allonger de nouvelles références !
Les livres m’ont menti, parfois (lien affilié)
Morgane ORTIN
Nami, 2026








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