Nous voilà parvenus à cette date charnière où c’est encore l’été et les vacances, mais où je reprends petit à petit mes activités d’écriture. Même si, cette année, c’est un peu particulier. Parce que l’été a été un peu particulier.
De fait, si l’été 2025 avait été pour moi mémorablement beau (même si le point aveugle était qu’il manquait quelque chose d’essentiel), l’été 2026 s’est avéré… déstabilisant. Pour le dire simplement. Mais en réalité, aucun adjectif ne correspond vraiment à ce que j’ai vécu. Et à ce que j’ai ressenti.
Lorsque j’ai commencé le nouveau tome de mon journal poétique le 21 juin, il a été placé sous le signe de la carte de la Tour. Deux fois : une première fois j’ai tiré cette carte, mais comme on n’était encore que le 20 juin, j’ai fait comme si je n’avais rien vu, et considéré que le tirage n’était pas valide, car fait trop tôt. J’ai recommencé le lendemain. J’ai à nouveau tiré la carte de la Tour. Puis cette carte s’est présentée comme carte de mon mois de juillet. Elle s’est aussi pas mal manifestée dans d’autres tirages.
La Tour n’est pas une mauvaise carte en soi, même si elle peut l’être (ou le paraître sur le coup). Ce qu’elle vient désigner, dans mon cas, ce sont des structures périmées, des protections qui sont devenues des prisons, et qu’il faut détruire pour se sentir libre : ce qu’on a construit n’est plus capable de contenir la vie, et nous entrave. Surtout, il faut faire de la place, renoncer à l’ancien pour que le nouveau puisse se manifester (allez lire l’article en lien, car on est dans la continuité, d’autant que le deuxième lieu où j’aimais boire mon cappuccino à Orléans a fermé cet été).
Nous ne sommes plus capables de faire semblant (d’aller bien, de faire un travail qui ne nous nourrit pas), et beaucoup de choses remontent à la lumière. On ne peut plus se cacher, ni revenir en arrière. C’est l’Apocalypse mais dans son sens réel qui n’est pas la fin du monde mais la révélation, la crise qui purifie, la révolution. Le sacrifice, aussi.
De fait, depuis le début de l’année, ma vie a pris un nouveau tournant, quelque chose que j’attendais depuis des années s’est manifesté (vraiment, j’ai hâte de pouvoir vous en parler autrement que par allusions), mais cela se construit petit à petit, cela me challenge, et j’espérais naïvement profiter de l’été pour me reposer un peu, émotionnellement. Je dis naïvement, parce qu’avec le recul je me demande comment j’ai pu sérieusement penser que je pourrais vivre cet été comme tous ceux qui l’ont précédé, notamment avec cette carte de la Tour qui plane sur mes tirages.
Début juillet, déjà, j’ai craqué. J’ai éclaté en sanglots à mon travail alimentaire parce que réellement je ne peux plus le tolérer, et ma détresse faisait tellement pitié que l’on m’a renvoyée chez moi. Et pour moi qui ne pleure pour ainsi dire jamais en public, même devant des gens à qui je pourrais confier ma vie, c’était le signe d’une rupture violente. Quelque chose qui ne peut plus se cacher et qui explose.
Je n’ai pas trop, pour ma part, souffert de la canicule durant cet été : j’ai trouvé les températures exagérées, mais la chaleur me faisant moins souffrir que le froid et mon corps s’y adaptant plus facilement, bon an mal an, j’ai géré. Et cela m’a obligée à peut-être moins m’agiter que d’habitude au début de l’été. Du reste, je l’ai aussi pas mal esquivée.
Mi-juillet suis partie pour mon City Trip annuel, en Italie, dont je vous reparle très vite, et je suis reconnaissante à l’Univers de m’avoir plutôt laissée tranquille cette semaine-là : il y a eu quelques frictions, c’était moins fluide que l’an dernier, mais pour l’essentiel j’ai pleinement profité de mon voyage, je me suis émerveillée, nourrie de beauté et régénérée par de très longues baignades (et beaucoup de Spritz), tout en ayant la certitude que l’an prochain, d’une manière ou d’une autre, ce sera différent (même si, on ne se refait pas, je suis déjà en train de projeter le voyage de l’an prochain).
Après quelques jours de transit chez moi, je me préparais pour le second volet de mes vacances, le même depuis ma naissance : 15 jours sur le Bassin d’Arcachon avec mes parents. Et sauf si vous vivez dans une grotte, vous vous doutez que ce n’est pas ce qui s’est passé puisque le gigantesque incendie a tout bouleversé. Evidemment, je ne compare pas du tout ma situation à celle de ceux qui ont malheureusement tout perdu et ont vu leur maison détruite, même si la symbolique de la Tour reste active (mais de quelle manière, cela dépend de chacun : un événement collectif a une symbolique générale mais un sens précis qui dépend des individus). Il n’empêche que lorsqu’on a des traits neuroatypiques rétifs aux imprévus et aux changements non sollicités et qui aime que les choses soient cadrées, devoir changer le plan qui est plus ou moins semblable depuis 48 ans 2 jours avant son exécution, c’est déstabilisant.
Alors inutile de me dire que c’était un test et que l’Univers voulait voir comment je m’adaptais avant de m’envoyer le vrai changement : j’ai tout à fait compris. Et j’espère que j’ai réussi l’examen.
Le samedi 25 juilet, jour où nous aurions dû rejoindre notre Paradis, nous ne sommes donc pas partis, avons passé la journée un peu hagards à répondre aux inquiétudes de ceux qui nous pensaient déjà sur place, prendre des nouvelles de ceux que nous savions sur place, tout en cherchant une solution de replis, et avons fini par trouver un gîte en Bretagne, pour une semaine, que nous avons rejoint le lendemain. Je n’étais jamais allée en Bretagne, j’ai adoré la Bretagne, même si ma valise n’était absolument pas prévue pour (la robe légère à la pointe de Pen Hir, ça a failli se terminer en Marilyn), et que je n’ai pu me baigner qu’une fois là où mon projet de départ était hamac/plage et des heures dans l’eau salé (c’est un besoin). Surtout : le gîte était splendide mais loin de tout, et comme je n’ai pas ma voiture durant ces séjours avec mes parents, je ne pouvais rien faire en autonomie.
Mais, admettons. J’ai tout de même passé une très belle semaine.
Le problème était qu’au départ nous n’avions toujours rien pour la deuxième semaine, et qu’à chaque fois que je trouvais un truc, il me passait sous le nez (je n’étais pas la seule à chercher, évidemment). J’ai fini par dénicher, je ne sais même pas par quel miracle, un petit appartement avec jardin à Saint-Georges-de-Didonne, très près de la plage. Ce qui était déjà pour moi moins éloigné de ma zone de confort, car déjà je connais le coin, et en j’ai pu me baigner tous les jours, boire des Spritz et des cappuccino, et m’émerveiller de fabuleux couchers de soleil. La presque normalité.
Un été déstabilisant et différent, mais qui est resté beau, même s’il est entaché par le paysage de désolation qu’est devenue cette partie de la Gironde que j’aime tant.
Je me suis nourrie, régénérée, j’ai absorbé la beauté, rempli mon puits, découvert des endroits fabuleux et profité de ma famille. Et en même temps j’ai l’impression d’être passée dans une machine à laver émotionnelle, je n’ai presque pas écrit parce que je n’avais pas l’espace mental pour, et pas lu non plus d’ailleurs. Et dormi, guère davantage.
Surtout : je mets d’habitude l’été à profit pour laisser pousser de nouvelles choses. J’ai toujours des nouvelles idées, de nouvelles envies, de nouveaux projets. Là, j’avais des questions, des sujets de réflexions, des points à clarifier : je reviens avec aucune réponse, et pas de projets sinon ceux qui datent de juin. Et comme les prochaines semaines s’annoncent très déstabilisantes aussi, et bien… on verra.
Et c’est peut-être la grande leçon de cet été : on verra.
Je sens certaines choses, mon intuition me dit de ne pas m’affoler, mais pour l’essentiel, je crois qu’il faut que j’arrête de vouloir tout prévoir, tout cadrer, et que j’apprenne a surfer sur les vagues. Parce que de l’improvisation naissent aussi de belles choses. Et que si je veux du changement, il commence par là.
En tout cas, c’est reparti pour cet espace auquel je tiens tant : je reprends les publications sur le rythme normal avec beaucoup de plaisir !

















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