A mesure que j’étudiais le comportement de Yun-Xiang, je me disais que Marc avait sélectionné — et peut-être même formé — sa fiancée pour qu’elle joue, à travers points communs et divergences, le rôle de révélateur auquel il avait renoncé. Je commençais à la considérer, bien au-delà du prétendu droit de cuissage, comme un cadeau de mariage qui nous était destiné. Conscient de la force d’empathie qu’elle avait développée dans son métier de faussaire, il lui avait confié la tâche de nous séduire en nous renvoyant notre véritable image, de nous stimuler pour nous aider à nous retrouver. En vingt ans d’amitié vécus dans son ombre, chacun de nous était tellement passé à côté de soi-même… Pensait-il.
Tout commence par une tragédie : alors qu’il vient d’annoncer son mariage surprise à ses meilleurs amis, mariage qui d’ailleurs ne les enchante guère, Marc, un célèbre photographe, se tue dans un accident de voiture, peu avant Noël. C’est ainsi que Lucas, Jean-Claude, Marlène et Bany se retrouvent devoir annoncer la nouvelle à la jeune fiancée, qu’ils récupèrent à l’aéroport à son arrivée de Shanghai.
Mais, incapables de l’exécuter comme ça de sang froid, ils décident de lui octroyer encore un peu de la part de bonheur auquel elle espérait avoir droit…
Comment des plus grandes épreuves de la vie peut naître du positif ? C’est un des grands mystères des romans de Didier Van Cauwelaert.
Car le roman commence tout de même très mal, par un de ces bouleversements douloureux qui semblent devoir nous écorner à jamais — la perte d’un ami cher, qui est comme notre famille, avec qui on s’est construit et qui nous porte à bout de bras.
Cela aurait pu déboucher sur du larmoyant, et c’est au contraire lumineux, léger et primesautier du début à la fin, souvent drôle : la douleur, le chagrin, le manque sont bien là, mais transcendés par quelque chose de plus fort qui s’appelle la vie, et ce qu’on perd permet aussi de se trouver, grâce à un magnifique catalyseur qui s’appelle Yun-Xiang, mystérieuse et insaisissable, qui renvoie chacun à ce qu’il est et l’aide à se construire.
Les personnages, qui endossent tour à tour le rôle de narrateur, sont immédiatement attachants dans leurs différences. Ce sont des personnages qui se sont enlisés, se sont empêchés de se réaliser, et, comme une fée, Yun-Xiang va leur permettre d’aller là où ils ne pensaient pas pouvoir aller, grâce à un Marc absent mais totalement présent, sorte de fantôme omnipotent et bienveillant qui semble avoir tout prévu.
Et ça fonctionne : cela manque sans doute de vraisemblance, mais ce roman lumineux et optimiste donne envie d‘aller de l’avant, tout en proposant une réflexion assez intéressante sur l’amitié. Je le conseille donc sans réserve, en particulier pour une scène d’anthologie dans une cabine d’essayage dont je n’ai pas failli me remettre…
Les Témoins de la mariée (lien affilié)
Didier VAN CAUWELAERT
Albin-Michel, 2010 (Livre de Poche, 2012)









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