Peut-être qu’à un moment je me suis dit qu’il valait mieux oublier tout ça, ne jamais en parler à personne, continuer ma vie qui, somme toute, me plaisait bien. Peut-être qu’il est impossible d’oublier ce qu’on a vu quand on ouvre une porte sur l’inconnu et qu’on comprend que de l’autre côté il se passe quelque chose d’immense. Peut-être que je me raconte des histoires et que tout ce qui est arrivé là, je l’avais désiré, manigancé à mon insu.
Voilà encore un roman qui a grillé tout le monde dans la file d’attente. L’autre jour, Frédérique Deghelt est venue à la Librairie Nouvelle d’Orléans et après avoir religieusement bu ses paroles pendant son intervention, j’ai pu lui dire deux mots (enfin je la rencontre !) et obtenir une dédicace.
Et nous avons parlé de… Didier van Cauwelaert (en fait, c’est elle qui en avait parlé dès le début de l’intervention en expliquant le rôle qu’il avait eu dans la finalisation du roman, et j’ai vivement conseillé à Frédérique de se plonger dans le Dictionnaire de l’impossible qui ne peut que lui plaire).
Bref, je suis rentrée chez moi après cette après-midi fort stimulante, me suis installée dans mon canapé, et me suis plongée dans ce roman.
Gabrielle, à 40 ans, a visiblement réussi sa vie : un métier qu’elle adore (organisatrice d’événements, activité qui lui permet de laisser libre cours à sa créativité), un mari qu’elle adore, un fils qu’elle adore. Citadine convaincue, elle a des palpitations dès qu’elle sort de Paris intra-muros et trouve même qu’il y a trop d’arbres dans le parc des Buttes-Chaumont.
Autant dire que lorsqu’un notaire l’appelle pour lui apprendre qu’elle vient d’hériter d’un terrain au fin fond de la campagne, à mille lieues de toute civilisation, elle espère régler le problème avec rapidité et efficacité : bien décidée à vendre, elle se rend sur place, mais les choses ne vont pas se passer exactement comme elle l’entendait. Héritière d’une lignée de sorciers guérisseurs (ce qu’elle ne savait pas), elle découvre qu’elle a elle-même un don…
Dire que j’ai lu ce livre serait un peu inexact : en réalité, je l’ai vécu, totalement en empathie (au sens originel) avec un personnage qui me ressemble de manière saisissante, et dont l’évolution et la métamorphose n’ont pu que me toucher profondément.
Oui, ce roman a suscité en moi des émotions, voire des sensations parfois très violentes, tantôt euphoriques, tantôt plus inquiétantes. Il faut dire que l’écriture de Frédérique Deghelt, magnifique, se prête particulièrement à ces émotions.
Une écriture de la sensation : les sons, les odeurs, les couleurs, les frissons sont parfaitement bien rendus et permettent d’accompagner la narratrice dans son voyage spirituel au cœur de l’invisible, sa traversée des apparences au-delà de la frontière entre les mondes — l’indicible, l’impensable, l’impossible.
Voyage qui ne se fait pas sans lutte : obligée de constater des faits auxquels elle ne croit pas, Gabrielle ne lâche prise que petit à petit, et c’est comme cela qu’elle devient ce qu’elle est, et comprend que l’amour (le vrai) est le mot-clé du monde.
Bouleversant roman, enrichissant, intrigant, qui permet de réfléchir à ce qu’est la véritable spiritualité !
Les Brumes de l’apparence (lien affilié)
Frédérique DEGHELT
Actes Sud, 2014









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