Ça fait maintenant quatre ans que Caroline a avalé la pharmacie. Laura va sur ses seize ans. Sa seule famille, c’est Marie. Les autres sont fâchés, morts ou partis, excepté Charles, perdu dans l’entre-deux. Lo se rend bien compte qu’elle traîne derrière elle quelques boulets. Heureusement que le ventre tiède de sa sœur est tout prêt. Elle n’a d’autre choix que de se laisser pénétrer par le monde et regarder ce que ça lui fait. Laura imagine que c’est ça être adulte. Accepter l’idée que demain ne sera pas forcément mieux qu’hier et y aller quand même.
Encore un premier roman qui s’avère une belle découverte, et vers lequel j’ai été portée par le travail d’ensemble de Sacha Després, dont les œuvres (elle est peintre et l’illustration de couverture est d’ailleurs un de ses tableaux) s’intéressent à la figure féminine de manière assez frappante je dois dire. Et c’est le cas également dans ce roman.
Depuis le suicide de leur mère Caroline, Laura et Marie, plus ou moins abandonnées par leur père, vivent seules : Marie, l’aînée, a pris en charge sa cadette de dix ans, s’occupe du quotidien mais aussi de la faire devenir femme.
La Petite Galère, c’est La Petite maison dans la prairie version trash.
La série, présente en filigrane dans tout le roman, sert à la fois de référence et de contrepoint : la mère s’appelle Caroline, le père Charles, les deux filles Marie et Laura, l’amie Nelly et l’amant Wilder, mais les barres de béton de la banlieue sinistre, ironiquement appelées « la prairie », ont remplacé les vastes étendues du grand ouest américain, et la famille idyllique est devenue dysfonctionnelle.
Parents séparés, père qui s’en fout, mère dépressive qui finit par avaler une dose massive de cachets.
Comment grandir, se construire, devenir femme au milieu de ce marasme social et intellectuel ? Les deux sœurs, bien qu’ayant une relation fusionnelle (mais par certains côtés assez perturbante), sont très différentes : Marie, la Jolie, déjà adulte, fait rêver les hommes et enchaîne les relations qui ne mènent à rien ; Laura, la Petite, grandit, découvre l’amour et le désir, apprend de sa sœur la féminité, la séduction, comment faire bander les hommes, et finit par perdre sa virginité avec celui qu’il ne faudrait pas.
Assez troublant, délicatement érotique sans trop en faire, le roman est porté par une construction narrative assez intéressante et ingénieuse, qui lui permet d’être à la fois pessimiste et lumineux, et une écriture percutante.
Un roman déconcertant, qui est aussi un joli hommage aux mots et à la littérature, et qui mérite assurément d’être découvert !
La Petite galère (lien affilié)
Sacha DESPRÉS
L’Âge d’homme, 2015









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