L’autre jour, comme il faisait très beau, j’ai accompagné ma maman à son club de marche. Nous sommes allées (c’est un club exclusivement féminin) sur les bords de la Vienne, puis en forêt.
L’automne commençait à s’installer, les feuilles mortes à joncher le sol, mais le soleil brillait et la lumière dansait sur la rivière.
Au bout de quelques minutes, j’étais déjà 50 mètres derrière tout le monde, non parce que je peine à marcher, mais parce que je passais mon temps à m’arrêter : pour prendre des photos, pour parler aux canards qui se prélassaient sur le bord de l’eau, pour ramasser feuilles glands ou châtaignes, pour juste contempler et me plonger dans mon monde intérieur…
Et je me suis dit que cette promenade était un résumé de toute ma vie : toujours en décalage, jamais à la même vitesse que les autres.
Ma maman, qui a l’habitude, leur a dit de ne pas s’arrêter pour m’attendre, que de toute façon je finirais bien par arriver au même endroit que tout le monde, même avec un temps de retard.
J’ai toujours été une contemplative. J’ai toujours aimé m’arrêter pour regarder les choses (c’est encore pire maintenant avec les photos, surtout si j’ai mon Reflex, ce qui n’était pas le cas heureusement), notamment celles que les autres ne voient pas, ne regardent pas.
Lorsque je suis en voyage, je n’aime pas courir partout et avoir un programme chargé : j’aime m’asseoir, et observer.
On me dira que c’est bien, ça, qu’il en faut des gens comme moi qui s’arrêtent et contemplent. Et c’est vrai : ça fait aussi partie de ma manière d’habiter poétiquement le monde.
Mais c’est comme l’hypersensibilité : c’est une richesse, mais aussi un boulet. Encore une marque d’inadaptation au monde comme il est malheureusement. Qui agace parfois les gens : ce besoin d’être tranquille, au calme, qu’on ne me secoue pas, qu’on ne me presse pas. Je fais beaucoup de choses, pourtant, mais je les fais à mon rythme et à ma manière.
Et parfois, je voudrais savoir aussi les faire comme tout le monde. Cela serait sans doute plus facile pour me lier aux autres.
Une nuit, lorsque j’étais adolescente, un rêve m’a marquée au point que je m’en souviens encore très nettement aujourd’hui : j’apprenais que je venais d’une autre planète, ce qui expliquait beaucoup de choses ; alors, j’entreprenais de rejoindre les miens, c’était un long voyage, et à un moment je traversais une forêt, et je me suis dit, « Ah, c’est une forêt de symboles ».
Je raconte souvent ce rêve, parce que je crois que tout mon être y est exprimé : c’est la clé pour me comprendre, pour ceux qui voudront faire cet effort. Ils sont peu nombreux.
Donc voilà, je suis une extra-terrestre, toujours en décalage, jamais dans le même espace-temps que les autres, j’habite dans mon monde à défaut de pouvoir habiter le même que tout le monde (il faut dire aussi qu’il fait assez peu d’effort pour que j’aie envie de l’habiter vraiment, le monde de tout le monde). Et ce n’est pas tous les jours facile.
Je dois venir de la Lune, dans laquelle je suis souvent en plus d’être cyclique comme elle. Ou de Saturne, l’astre des mélancoliques…









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