Nous comprenons tout à coup que si nous vivons, c’est pour participer à cela — quelques vers de poésie, la lune sur la mer, Venise… Le plaisir éprouvé n’est pas comparable à un autre : il nous procure plus qu’escompté, il nous emmène ailleurs, en nous conférant une amplitude d’être que nous n’aurions pas sans cela.
Un essai sur la beauté du monde : je ne pouvais évidemment pas passer à côté.
Dans cet essai, Laurence Devillairs part de l’idée d’une pulsion du beau, d’une avidité à voir et à chercher la beauté, qui coexiste avec la certitude de l’éphémère : tout cela nous sera enlevé. L’attention quotidienne à ce beau qui nous entoure nous transforme : la splendeur est un choc, qui intègre tous les sens, et le corps comme l’âme. Et comme une rencontre amoureuse, la rencontre de la splendeur est une rencontre entre le monde et moi, qui peut être une expérience douloureuse, comme l’a vécue Stendhal à Florence : une rencontre esthétique réussie ébranle, apporte du trouble, et nous avons tous nos EEC, Expériences Esthétiques cruciales, qui nous font ce que nous sommes, et dont nous devrions dresser la liste dans un journal d’expériences intimes du beau.
La beauté est essentielle, et il faudrait l’inclure dans les politiques de la ville voire créer un ministère de la transition esthétique :
Notre monde a plus que jamais besoin de la beauté et de notre capacité à la percevoir. Je plaide pour une urgence esthétique, le beau étant encore trop absent des projets européens et nationaux.
Le monde doit devenir un sanctuaire : nous sommes tous responsables de la beauté du monde, nous en sommes les protecteurs, et l’écologie doit se doter d’une dimension esthétique et éducative — apprendre à voir et à ressentir, à raconter ce qu’on éprouve, à faire le récit de ses sensations esthétiques. Tout comme nous devons apprendre à voyager : si nous voyageons, c’est bien pour trouver le beau et pour donner à notre vie une autre dimension, une autre profondeur, un élargissement, qi nécessite de se montrer curieux et non passif, de se laisser surprendre et transformer : le voyage n’est pas « avoir vu », avoir fait », mais être…
Une curiosité, qui est écoute et silence : se mettre à l’écoute des signes qui nous sont spécifiquement adressés. Seule la beauté peut nous libérer, car elle rend la vie plus vivable, mais nous pouvons aussi la trouver chez nous.
Cet essai m’a ravie, nourrie, et m’a apporté de nombreuses pistes de réflexions. Le seul point sur lequel je ne suis pas (du tout) d’accord avec Laurence Devillairs, c’est celui de l’émerveillement, qu’elle condamne, car elle voit dans l’émerveillement une distance entre nous et le monde, une recherche de grandiose, ce qui épate, alors que la splendeur est participation et communion. Alors même que pour moi, l’émerveillement est justement communion, sentiment océanique, participation pleine et entière. Lorsque je m’émerveille (et cela peut être devant une fleur), je fais pleinement partie du monde.
Mais ce problème de vocabulaire mis à part, je me suis régalée avec cet essai !
La splendeur du monde. Aller à la rencontre de la beauté (lien affilié)
Laurence DEVILLAIRS
Stock, 2024









Un petit mot ?