Animus et Anima, d’Emma Jung

Animus et Anima, d’Emma Jung

A notre époque où les forces de division nous menacent et fractionnent les populations, les individus, aussi bien que les atomes, il est indispensable que es forces de rapprochement et de cohésion soient également actives. La vie repose sur une interaction harmonieuse entre les énergies masculines et féminines, à l’extérieur comme à l’intérieur de l’être humain. Créer un lien entre ces opposés représente l’une des tâches les plus importantes de la psychothérapie actuelle.

Comme je suis dans ma période psychologie des profondeurs, forces de l’inconscient et archétypes, j’ai eu envie de me plonger dans cet essai d’Emma Jung, la femme de, consacré à un problème de taille : celui de l’équilibre des polarités entre le féminin et le masculin. L’essai est bizarrement construit, donc je ne vais pas strictement le suivre pour mon article.

Emma Jung repart de l’idée de base de la psychanalyse que le moi conscient ne représente qu’une partie seulement de la psyché, et qu’il existe des espaces psychiques qui ne sont pas de l’ordre de la conscience du moi : c’est ce que l’on appelle l’inconscient. Et comme Carl Gustav Jung l’a montré, à l’inconscient personnel s’ajoute l’inconscient collectif, dans lequel existent des images ou figures caractéristiques qui émergent en tout temps et en tout lieu, et que l’on va appeler archétypes. Deux archétypes sont fondamentaux : l’animus et l’anima. L’animus est l’image du principe masculin dans la psyché féminine, et l’anima l’image du principe féminin dans la psyché masculine.

Ces figures sont conditionnées à la fois par l’expérience faite des représentants du sexe opposé, et l’image collective du masculin hérité par la femme et du féminin hérité par l’homme.

Ces deux archétypes sont particulièrement importants parce qu’ils font partie de la personnalité individuelle, tout en prenant racine dans l’inconscient collectif, et qu’ils servent de passerelle entre le personnel et l’impersonnel, le conscient et l’inconscient. Ils représentent la

personnalité intérieure dont les attributs sont précisément ceux qui font défaut à la personnalité extérieure consciente et manifeste.

Or, si ces deux principes sont toujours présents, ils ne trouvent pas toujours leur juste place : ils sont parfois rejetés dans l’ombre, car ils gênent l’adaptation sociale ou l’image de soi. Mais comme on le sait, les contenus inconscients que l’on ne prend pas en compte se manifestent de manière malsaine. Ils doivent donc être intégrés harmonieusement à la personnalité, et non fonctionner de manière autonome et tyrannique.

Pour autant, mêmes s’ils sont symétriques, animus et anima ne fonctionnent pas de la même manière, et n’ont pas tout à fait le même rôle. La première différence est que les hommes résistent à entrer en relation avec leur anima, à cause de l’image dévaluée du féminin dans la société : ils doivent donc consentir à la reconnaître comme « maîtresse » (celle qui doit être obéie) ; au contraire, les femmes ont trop souvent tendance à accorder trop de valeur au masculin et à l’animus et à lui obéir aveuglément, et doivent donc accorder au féminin la valeur qui lui revient et vaincre leur manque de confiance en elles-mêmes.

De ce fait, le rôle de l’anima est de transmettre les contenus de l’inconscient, de rendre perceptible ce qui restait dans l’obscurité, de favoriser l’ouverture, la disponibilité, la réceptivité, notamment à tout ce qui sort de la logique rationnelle ; inversement, l’animus transmet la force et l’habileté physique, le sens, la connaissance. Le danger, pour les hommes, est lorsqu’il n’y a aucun lien avec l’anima, ou qu’il a été rompu : dans ce cas, l’anima agit de manière autonome, sans être relié à la conscience, et rend impossible les relations. Le danger pour les femmes est inverse mais aboutit au même résultat : l’animus est trop présent, submerge le moi et domine toute la personnalité.

Emma Jung analyse également la manière dont se manifestent l’animus et l’anima dans les contenus de l’inconscient comme les rêves et les fantasmes, et les figures mythologiques, mais je ne vais pas détailler, d’autant qu’elle raconte de nombreuses histoires, comme peut le faire Clarissa Pinkola-Estès. Le fait le plus important reste qu’il est essentiel pour chacun d’intégrer la polarité opposée, c’est-à-dire la prendre en compte, dialoguer avec elle, l’utiliser, mais sans lui laisser toute la place. Trouver l’harmonie à l’intérieur de soi, afin que les polarités puissent trouver l’harmonie dans le monde.

Alors je sais que cette question des polarités féminines et masculines est épineuse, et provoque des réactions épidermiques chez certains. J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le sujet et cela serait trop long d’y revenir ici, mais je le ferai peut-être prochainement. Toujours est-il que pour moi, c’est une donnée fondamentale de la psyché, et que cet ouvrage d’une grande richesse m’a permis d’y voir plus clair, même si certaines prises de position d’Emma Jung, un peu datées, m’ont fait tiquer. Je ne le recommande pas à tout le monde, mais si vous vous intéressez au sujet, c’est une lecture nourrissante.

Animus et Anima (lien affilié)
Emma JUNG
Traduit de l’allemand par Michel Bacchetta
La Fontaine de Pierre, 2017

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