La vie matérielle, de Marguerite Duras

Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter.

Je n’avais jamais lu ce recueil difficile à classer d’un point de vue générique, alors que pourtant je cite assez régulièrement cette célèbre phrase que j’ai mise en exergue, sans trop savoir d’ailleurs quel sens lui donnait Duras. Après l’avoir lue dans son contexte, je ne sais toujours pas très bien si elle lui donnait le même sens que moi, mais le fait est que partir à la recherche de cette phrase était une des raisons pour lesquelles j’ai voulu lire La vie matérielle. Une autre était que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu Duras. Et que pour une écrivaine, Marguerite Duras est toujours, d’une manière ou d’une autre, une sorte de figure tutélaire.

La vie matérielle est un drôle de recueil, difficile à classer. Il s’agit d’une sorte de liste de sujets, de thèmes, les textes ayant d’abord été dits à Jérôme Beaujour, puis transcrits et corrigés. Cela donne de curieux miscellanées, mêlant fragments autobiographiques et essais à la Montaigne, où Duras donne son avis, à un instant T, sur quelque chose. Les sujets eux-mêmes sont variés.

Marguerite Duras fait preuve ici de beaucoup d’honnêteté et de vulnérabilité, parlant avec authenticité de sujets difficiles comme l’alcoolisme et l’agression sexuelle qu’elle a subie à l’âge de quatre ans, événement sans doute fondateur ; elle parle de maisons et d’objets ; on a même une liste de courses, tout ce qu’il faut toujours avoir dans ses placards. Elle parle d’écriture bien sûr. Elle parle de ses amants, de Yann Andréa, de sexualité, avec une réflexion en particulier qui m’a assez amusée (et plongée dans des abymes de questionnements métaphysiques) sur le corps de l’écrivain et sa fétichisation :

Les hommes aiment les femmes qui écrivent. Ils ne le disent pas. […] Le corps des écrivains participe de leurs écrits. Les écrivains provoquent la sexualité à leur endroit. Comme les princes et les gens de pouvoir. […] C’est comme ça partout dans le monde, pour tous les écrivains hommes et femmes mêlés. Ce sont des objets sexuels par excellence.

Bon. Je consacrerai sans doute à cette question un article ou une lettre, un jour. Lorsque j’y aurai davantage réfléchi.

Bref : un ouvrage étrange, inclassable, qui m’a parfois ennuyée et parfois enthousiasmée selon les sujets abordés, j’ai parfois été en désaccord, parfois déstabilisée dans ma pensée. Ce n’est pas un texte qui intéressera tout le monde, mais il mérite néanmoins qu’on y jette un oeil. Il n’a pas d’ordre, on peut y piocher au hasard selon ses envies et ses intérêts.

Une expérience plus qu’une lecture.

La Vie matérielle (lien affilié)
Marguerite DURAS
P. O. L., 1987 (Folio, 1994)

5 réponses à « La vie matérielle, de Marguerite Duras »

  1. Avatar de lizagrece
    lizagrece

    Ces rréflexions sur les hommes sont si justes

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    1. Avatar de Caroline Doudet

      Oui, et j’aime beaucoup la manière de le dire !

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  2. Avatar de Antigone

    Oh je n’ai pas lu celui-ci. Cette phrase sur les hommes je l’ai souvent en tête.

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    1. Avatar de Caroline Doudet

      Oui, il faut dire qu’elle est pertinente dans beaucoup de situations ^^

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  3. Avatar de La vie matérielle mode d’emploi, de David Enon – Caroline Doudet

    […] cherchant La Vie matérielle de Marguerite Duras, je suis tombée sur ce petit ouvrage dont le titre y est un clin d’oeil, ainsi qu’à […]

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