Les Sorcières de Pendle, de Stacey Halls

Je connaissais l’existence des guérisseuses, dont les décoctions déclenchaient des saignements qui faisaient dégonfler le ventre. Et puisque certaines plantes et potions aidaient l’enfant à s’en aller, ne pouvait-il pas y en avoir d’autres qui l’aidaient à rester dans le ventre, et à vivre ? Je n’avais à ce propos saisi que des bribes de conversations de domestiques, lorsqu’ils ne me savaient pas assise en silence dans la pièce voisine, ou à travers les lèvres pincées de convives à la table de quelque manoir de la région, avant que la discussion ne s’oriente promptement vers des sujets de bon ton. Si seulement j’avais eu une amie à qui poser la question ; je pouvais difficilement m’adresser à l’apothicaire.

Je suis toujours dans mes histoires de sorcières. Il faut dire qu’elles sont à la mode, et que je n’ai donc que l’embarras du choix, qui s’est porté récemment sur ce roman à la jolie couverture, et dont le résumé était intéressant, qui s’intéresse à un véritable procès de sorcellerie, sur lequel je ne m’étais jamais penchée, même si Emilia Hart s’en inspire très vaguement dans La Maison aux sortilèges.

1612, dans le comté de Lancaster. Après 3 fausses couches, la très jeune châtelaine Fleetwood Shuttleworth est enceinte pour la quatrième fois. Mais cette grossesse s’annonce très mal, et pourrait bien la tuer. Heureusement, elle rencontre dans la forêt Alice Gray, une sage-femme connaissant parfaitement les plantes, qui devient son seul espoir de donner un héritier à son mari. Aussi, lorsqu’Alice est raflée avec d’autres femmes et accusée de sorcellerie, Fleetwood met tout en œuvre pour sauver celle qu’elle considère désormais comme son amie.

L’idée était bonne, et je mentirais si je disais ne pas avoir apprécié cette lecture, mais j’y ai surtout trouvé beaucoup de défauts, comme à quelque chose qui a du potentiel, mais n’est pas abouti, et au final, je ne suis pas plus enthousiaste que ça malgré un sujet qui m’est cher, le féminisme lié à la sorcellerie.

Ce qui pose problème, ici, selon moi en tout cas, c’est que le choix d’adopter le point de vue de Fleetwood mène à des impasses : d’abord, Fleetwood elle-même n’est pas très intéressante, même si son évolution peut presque faire du roman quelque chose de l’ordre de l’apprentissage. Mais son histoire de fond, son enfance, ses relations avec sa mère, ce qu’elle a subi, sont mal utilisés, et beaucoup trop tardivement. Même son couple avec Richard, n’est pas toujours très cohérent.

Surtout : où sont les sorcières ? On ne sait finalement rien d’Alice, et certains de ses comportements ne sont jamais élucidés. Quant aux autres sorcières, on connaît leur nom, et c’est tout : on en croise une au détour du chemin, mais on ne sait pas qui elles sont, si elles ont réellement fait ce dont elles sont accusées, et nombre de fils narratifs restent de toute façon en suspens. De fait, le roman est basé sur un véritable procès de sorcières, qui lui sert de toile de fond, et sur lequel on trouve d’ailleurs d’autres sources,

Evidemment, comme toujours avec ces histoires, j’ai éprouvé de vives émotions, et notamment des bouffées de colère envers les suppôts de Satan responsables des chasses aux sorcières. J’ai aussi appris quelques éléments sur les persécutions des sorcières en Angleterre à cette époque, sur le roi Jacques qui a même écrit un traité de démonologie, même si le roman manque de contextualisation pour un lecteur français. Il n’empêche que globalement, ce roman manque son objectif.

Les Sorcières de Pendle (lien affilié)
Stacey HALLS
Traduit de l’anglais par Fabienne Gondrand
Michel Lafon, 2020 (Pocket, 2023)

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