Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.
Anna de Noailles m’a inspiré pas moins de trois instants poétiques, et pourtant, j’avais jusqu’à présent toujours vagabondé dans sa poésie sans pour autant lire de recueil entier. Mais récemment j’ai été prise non seulement d’une pulsion d’écriture poétique mais aussi de l’envie d’approfondir ma connaissance de certaines poétesses (je soupçonne qu’un projet soit en train de naître, mais c’est une autre histoire) dont Anna de Noailles et j’ai donc ressorti ce recueil de mon rayon poésie. Rien que le titre, Le Coeur innombrable, promet un éblouissement, et c’est bien ce qui s’est produit.
Le Cœur innombrable, paru en 1901, rassemble la plupart des poèmes de jeunesse de l’autrice. Le recueil de tonalité lyrique est composé de 6 sections, très inégales au niveau de l’inspiration et du nombre de poèmes. La plus longue est la première, constituée de poèmes célébrant la nature ; la deuxième section est quant à elle d’inspiration antique, voire païenne. Dans la troisième partie, elle s’interroge sur la morale et les principes de vie, puis prend une tonalité élégiaque dans la quatrième. La cinquième partie très courte témoigne des préoccupations sociales de l’autrice, et la dernière encore plus courte s’interroge sur la mort.
Ce sont particulièrement les deux premières parties, les plus longues, qui m’ont enchantée, et enchantée est un terme trop faible pour exprimer le bouleversement qui s’est parfois emparé de moi, à la lecture de certains poèmes et de certains vers. Parce que c’est une poésie bouleversante de beauté et de sensualité, charnelle et amoureuse, traversée par le désir. Anna de Noailles et Colette furent amie, et la deuxième a d’ailleurs succédé à la première à l’Académie Royale de Langue et Littérature françaises de Belgique. Et il y a de fait une profonde similitude dans leur manière de voir le monde et de l’écrire pour le célébrer. Une nature profonde, vivante et vibrante, qui incarne la pulsion de vie, la pulsion du désir, voire par moment un érotisme subtil. La nature est célébrée comme une compagne, qui apporte bien des joies à l’existence.
Il s’agit pleinement, ici, d’une poésie de l’âme qui communie avec le monde. Assez classique dans la forme (alexandrins et octosyllabes, souvent en quatrains), elle propose aussi bien des images frappantes et de merveilleuses innovations qui s’adressent directement au cœur. Anna de Noailles aimait la vie, la nature, l’amour, le désir qui circule, et c’est ce que sa poésie célèbre vers après vers.
Vois, le monde infini te contemple et t’espère.
— Sens-tu fluer vers toi les parfums d’alentour, —
Ton corps est cette nuit profonde comme la terre,
ton cœur s’ouvre, s’élance et pleure : c’est l’amour…
J’ai vraiment eu beaucoup de mal à sélectionner des vers à partager avec vous, tant j’en avais noté, et je voudrais en parsemer partout. Et comme on ne lit jamais assez de poésie, et qu’il est dommage qu’une immense poétesse comme Anna de Noailles soit plutôt méconnue aujourd’hui (moins que d’autres, mais tout de même) je ne peux que vous encourager à lire ses œuvres !
Le Cœur innombrable (lien affilié)
Anna de NOAILLES









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