Si le cas devait se présenter, je serais Méduse, décidai-je. Si les dieux me tenaient un jour pour responsable des fautes d’autrui et cherchaient à me punir pour les actions d’un homme, je ne me déroberais pas comme Pasiphaé ; je coifferais cette couronne de serpents et le monde tremblerait devant moi.
C’est une de mes thématiques actuelles, et sans doute pas uniquement la mienne vu combien les romans sur le sujet pullulent : les grandes figures féminines de la mythologie, et comment elles peuvent devenir des modèles d’empowerment, si on leur redonne la parole qui leur a été confisquée pendant des siècles. Certaines de ces figures sont assez à la mode, comme Circé ou Méduse, dont nous reparlerons vendredi. Ariane non, et j’avoue qu’elle ne m’a longtemps pas vraiment intéressée, car je la trouvais un peu effacée (notamment par sa sœur, mais c’est la faute de Racine). Pourtant lorsque j’ai fait ma sélection de lectures estivales, j’ai choisi ce roman. La magnifique couverture n’y est pas pour rien.
C’est Ariane qui raconte l’essentiel de l’histoire, cédant la parole à Phèdre dans certains chapitres. Fille de Minos et de Pasiphaé, elle grandit au palais de Cnossos, en Crète. Elle a 10 ans lorsque sa mère, victime d’une malédiction qui la rend folle d’amour pour qui elle ne doit pas, donne naissance au terrible Minotaure.
J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman, car j’ai trouvé Ariane assez peu intéressante, ou alors l’autrice incapable de lui donner une véritable profondeur, d’autant que le roman est tout de même très prude. Le début m’a paru très long et ennuyeux, la suite est un peu plus entraînante, notamment avec l’arrivée dans l’histoire de Dionysos et de son culte plein de vie, mais enfin, pour l’essentiel je n’ai guère trouvé mon compte dans ce roman, alors que tous les ingrédients étaient là : la volonté de redonner la parole aux héroïnes de la mythologie et montrer la souffrance des femmes provoquée par les exploits des héros. Ici encore, l’héroïsme et le pouvoir sont un hochet qui aveuglent les hommes et les détournent de l’essentiel, et Thésée est abominablement lâche et méprisable dans sa quête de gloire.
Je ne doute pas que ce roman fonctionnera sur beaucoup, mais je pense que cette autrice n’est pas pour moi. J’ai regretté, outre le manque de chair, une trop grande superficialité au niveau du sens : elle n’approfondit pas la signification symbolique du minotaure, ni celle des cultes Dionysiaques, et elle n’évoque même pas la malédiction de la lignée du soleil. Même la passion de Phèdre pour Hippolyte est tiédasse. Or, quand on veut s’attaquer à la mythologie, il me semble, il ne faut pas avoir peur du sang, du sexe et de la mort. Là j’ai trouvé l’ensemble trop propre et édulcoré, même pas comme un roman pour adolescents car j’en ai vu de plus profonds et troublants. Et pourtant, le roman est assorti d’une longue (et assez ridicule) liste de trigger warning.
Bref une déception pour moi mais j’en attendais peut-être trop.
Ariane (lien affilié)
Jennifer SAINT
Traduit de l’anglais par Benoît Domis
Sabran, 2023 (Pocket, 2026)








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