Les femmes de la mythologie, divines ou mortelles, nous libèrent des stéréotypes simplistes. Elles sont déroutantes, complexes, retorses, terrifiantes et bienveillantes, comme chacun peut l’être à différents moments de sa vie.
J’ai toujours été passionnée par la mythologie grecque, et particulièrement les figures féminines que je voyais déjà comme des modèles : lorsque j’étais à l’école primaire, avec une amie, nous avions écrit et joué devant toute la classe une petite pièce mythologique dans laquelle il n’y avait que des déesses, essentiellement Athéna (elle) et Aphrodite (moi). Il y en avait deux ou trois autres mais honnêtement, je ne sais plus du tout, et le seul souvenir précis que je garde de toute cette histoire c’est qu’à un moment nous nous disputions (ou plutôt Athéna et Aphrodite se disputaient) et que dans le feu de l’action, elle a arraché ma tunique (qui ne tenait pas très bien il est vrai : c’était un simple drap attaché avec une épingle). Je me suis donc, à 8 ans, retrouvée en petite culotte sur scène, ce qui était, il faut bien l’avouer, assez dans l’esprit de mon personnage, même si j’imagine que sur le coup j’ai dû avoir très honte (mais pas tant que ça puisque je ne m’en souviens plus). Bref : tout ça pour dire que j’ai toujours considéré que les femmes de la mythologie grecque étaient passionnantes, et lorsque l’autre jour, au colloque dont je vous ai déjà parlé, il a été question de cet ouvrage, j’ai immédiatement voulu le lire. D’autant que cette question des femmes dans les récits mythologiques est un de mes sujets d’intérêt du moment.
La volonté de Laure de Chantal, dans cet essai, est de montrer que si la tradition patriarcale les a souvent rendues invisibles, ou faibles, les femmes de la mythologie (et en cela le titre est trompeur, car elle parle aussi bien des déesses que des mortelles) sont partout visibles, et paraissent grandioses là où dieux et héros sont parfois tout petits, ce que le féminisme a d’ailleurs bien compris, en s’emparant de certaines de ces figures. Le but est donc ici de raconter la mythologie autrement, afin de nourrir notre réflexion sur l’émancipation féminine. Divinités et mortelles sont ici classées en 7 catégories, qui représentent plus ou moins des archétypes : les créatrices (Gaïa, les fileuses, les Muses), les guerrières (Iphigénie, les Amazones, Athéna), les savantes (Mètis, Flora, les sirènes, les sibylles), les battantes (Artémis, Circé, Ariane, Pénélope, Médée), celles qui disent oui (Léda, Hélène, Calypso, Alcyone, Psyché, Baucis) et celles qui disent non (Daphné, Antigone, Demeter et Perséphone), et enfin les reines (Junon, Clytemnestre, et la Reine des reines, Aphrodite).
Même si je connais plutôt bien la mythologie, j’ai apprécié cette lecture passionnante et instructive, et le point de vue parfois original de l’autrice. Je suis à l’occasion restée perplexe : par exemple, l’interprétation selon laquelle Athéna est une déesse entièrement bonne, juste et bienveillante, et que si elle afflige Médée d’une chevelure serpentine et du pouvoir de pétrifier, c’est pour que la prochaine fois qu’un homme voudra l’agresser, elle puisse se défendre, j’ai beaucoup de mal à y croire, mais passons, les mythes sont protéiformes et leur interprétation variable.
Nonobstant ces quelques points de désaccord, j’ai plutôt été convaincue par cet essai, qui ne manque pas d’humour et de finesse d’esprit. J’ai appris des choses, sur certains mythes que je connaissais mal et sur certains points de civilisation plus large. Je recommande donc vivement cette lecture qui exalte la puissance féminine !
Libre comme une déesse grecque (lien affilié)
Laure de CHANTAL
Stock, 2022 (Champs Flammarion, 2024)








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