Dans les yeux de Méduse, de Natalie Haynes

Inutile de se le demander, commenta Euryale. Rancunière, cruelle, prompte à blâmer les femmes pour ce que font les hommes ? Elle a toujours été ainsi. Tu le sais bien, Sthéno. [Elles parlent bien évidemment d’Athéna]

Méduse est à la mode, et jouit de multiples relectures féministes, que ce soit avec Medusa d’Isabelle Sorente ou Méduse de Jessie Burton. Il faut dire qu’il y a matière à réfléchir à travers ce mythe aux violences faites aux femmes : laquelle a été traitée plus injustement que Méduse, punie par Athéna pour avoir été violée par Poséidon ? Comme cette histoire m’intéresse (en particulier la question de la monstruosité liée aux serpents et donc à la puissance féminine et aux cultes de la Grande Déesse) et que j’avais plutôt aimé ma découverte de Natalie Haynes avec Les Invaincues, j’avais acheté ce roman pour mes lectures estivales, mais je n’avais pas eu le temps de le lire. L’autre jour, en revenant d’un colloque où j’avais justement assisté à une très intéressante communication sur Méduse et le pouvoir, je me suis lancée dans sa lecture, qui m’a passionnée.

Dans les yeux de Méduse n’est pas seulement l’histoire de Méduse, mais le tissage des histoires de tous ceux qui ont un rôle dans son destin tragique : Euryale et Sthéno, les sœurs Gorgones de Méduse, Métis et Athéna, Danaé et Persée, Cassiopée et Andromède, Les Hespérides, et jusqu’au Gorgonéion… Cela donne une grande fresque mythologique multipliant les points de vue et permettant une relecture de bien des épisodes célèbres, comme la gigantomachie.

Mais si l’histoire est tragique, le ton ne l’est pas : c’est ici le burlesque (au sens littéraire : traiter un sujet noble, grave ou sérieux de manière familière) qui domine. Les dieux sont pitoyables, faibles et capricieux comme des enfants gâtés et à l’ego boursouflé (et pas seulement Athéna, même si elle bat tous les records), Persée est un adolescent idiot (mais vraiment, complètement idiot) et lâche, et on sourit donc beaucoup malgré l’enjeu. C’est la principale qualité de ce roman particulièrement dynamique et bien mené, que l’on lit avec gourmandise. Les hommes encore une fois n’ont pas le beau rôle, face aux femmes qui font ce qu’elles peuvent pour se défendre mais doivent non seulement subir leur violence, mais encore en être punies.

Le roman est brillant, passionnant, j’ai simplement regretté que l’autrice n’approfondisse pas le sens symbolique de l’épisode et la question de la puissance féminine. Cela dit, c’était difficile de partir sur ce terrain tout en faisant de Persée un adolescent veule et stupide, choix que j’ai trouvé assez amusant et réjouissant.

En tout cas, c’est ma deuxième lecture de Natalie Haynes (et il s’agit de son deuxième roman) et son talent est indiscutable. Son troisième roman, consacré à Médée, paraîtra en poche en février, et il se trouve d’ores et déjà dans ma liste ! Quant à ses essais sur les femmes dans les mythes grecs, je pense que je les lirai également dans un avenir plus ou moins proche !

Dans les yeux de Méduse (lien affilié)
Natalie HAYNES
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Manon Malais
Michel Lafon, 2024 (J’ai Lu, 2025)

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