Pour nous le plus beau c’est d’être jamais hantés par le moindre souvenir, pas d’image à traquer de pièce en pièce, rien qui évoque, pas trop de remords non plus, de ce point de vue on est vierge. Le plus fort c’est de ne même pas chercher les attitudes qu’on tiendrait d’elle, les yeux, le nez ou un profil, elle n’existe même pas au travers de ces fragments-là. Le plus simple serait de se convaincre qu’elle n’a jamais existé, qu’on procède d’une invention autre, d’une intention pure, que c’est à nous de choisir. Comme le dit l’orthophoniste, avec sa manie de se montrer réconfortant, dites-vous que c’est pur progrès que la validation des parents, aussi valable dans l’intention que le désir d’adoption ou la sélection d’embryons.
Deux enfants sans mère et élevés par un père un peu perdu, qui les emmène le week-end à la recherche d’hypothétiques aïeuls homonymes. Un homme qui médite au bord de sa piscine en décomposition, où il constate l’irréductible vitalité de la reproduction asexuée quand lui, gynécologue spécialisé dans l’aide à la procréation, n’a pas réussi à avoir d’enfant.
Tels sont les protagonistes qui alternent dans les chapitres de ce roman. Jusqu’où, tous, sont-ils prêts à aller pour se construire la famille dont ils rêvent ?
Avec ce roman, je découvre Serge Joncour, et c’est ma foi une belle découverte.
Ici, il est question de famille, de racines, de liens, des thèmes qui ne peuvent que toucher tout un chacun.
Des enfants qui manquent cruellement d’une présence maternelle, de repères familiaux, qui poussent comme des herbes folles et s’imaginent la famille idéale comme dans la pub Ricoré.
Un homme, absorbé par la pulsion de vie de la nature qui se crée dans le microcosme de sa piscine qu’il a décidé de ne plus nettoyer.
Deux douleurs en miroir : celle de ne pas avoir de parents (une mère morte dont ils ne se souviennent plus, un père qui n’en est pas un), celle de ne pas avoir d’enfant.
Ce roman est tissé de symboles qui reviennent comme des leitmotive. Une arme. Des antidépresseurs. Des algues qui se reproduisent. La famille Ricoré. Tout cela dans une quête éperdue d’amour, où se côtoient pulsion de vie et pulsion de mort autour du fantasme de la famille idéale.
C’est un texte très sensible, souvent déchirant, le lecteur prenant de plein fouet la douleur de ces êtres sans fondations à la recherche d’une filiation, dans les deux sens : une course désespérée pour réparer l’injustice de la vie, prendre de force ce qu’elle ne veut pas nous donner, et trouver l’équilibre.
Pourtant, ce n’est ni larmoyant, ni misérabiliste : le caractère désespéré et tragique de la situation des personnages est tempéré par le côté loufoque et fantaisiste. Et l’ensemble donne un très joli roman !
In Vivo (lien affilié)
Serge JONCOUR
Flammarion, 2002 (J’ai Lu, 2005)









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