Maintenant ou jamais ! du Dr Christophe Fauré

La vie commence après quarante ans : bien vivre sa transition de milieu de vie

Au cours de notre adolescence, nous nous sommes construit notre identité, en nous ajustant aux transformations de notre corps et aux contraintes de notre environnement. Parvenus dans la zone des 45-55 ans (+/- 5 ans), nous nous retrouvons face à un nouveau défi, auquel peu d’entre nous sont préparés : redéfinir cette identité, laisser derrière nous le fardeau de la version « officielle » de nous-même que nous avons élaborée autrefois, embrasser enfin l’authenticité de notre être, transformer la personne que nous croyons être en la personne que nous sommes véritablement, au plus profond de nous. Cette transformation intérieure est l’enjeu de la transition du milieu de vie.

C’est une nouvelle fois Géraldine qui m’a mise sur la piste de cet ouvrage, dont je n’avais absolument jamais entendu parler, en lui consacrant le treizième numéro de sa ressource du dimanche : ce qu’elle en disait m’a laissé penser que, tout comme il l’avait été pour elle, ce livre pouvait constituer une précieuse ressource pour moi, qui suis en plein dans cette transition, plutôt vers la fin d’ailleurs puisqu’elle est venue me percuter de plein fouet l’année de mes quarante ans (pour une fois, je n’étais pas en retard).

Et après l’avoir lu, ma première pensée serait de dire « que n’ai-je rencontré ce livre plus tôt, il m’aurait sacrément aidée » mais en réalité, comme souvent, je pense qu’il est arrivé exactement au moment où j’avais besoin de lui, car il m’a permis de mettre de l’ordre et de faire le bilan de ce que j’ai vécu, en cette fin d’année d’Ermite où je suis en train de clore les vieux dossiers.

Attention, prenez de quoi boire et manger, cet article est extrêmement long : je l’ai écrit en suivant la construction du livre, et en ajoutant mes remarques au fur et à mesure.

Pas une crise : une transition

On parle souvent de « crise de la quarantaine » ou de « crise du milieu de vie« , et je le fais moi-même tant j’ai l’impression d’avoir été percutée de plein fouet par la carte de La Tour, celle ou tout ce que l’on avait construit s’écroule. Néanmoins, Christophe Fauré préfère quant à lui parler de transition : il s’agit d’un vécu psychique naturel, prévisible et nécessaire, lorsqu’on se rend compte que l’identité que l’on a construite durant la première moitié de sa vie ne correspond plus à la personne que l’on est en train de devenir, et que cela impose une métamorphose, ou tout au moins un réajustement : certains comme moi veulent tout envoyer valser parce que rien ne leur convient (et de fait, j’ai l’impression que presque tout ce que j’ai fait d’important dans ma vie, je l’ai fait depuis 2018) quand d’autres auront quelques aménagements à faire.

C’est un peu, finalement, comme le bilan que certains font en milieu d’année : qu’ai-je fait, ou est-ce que j’en suis, qu’est-ce que je veux pour le reste de l’année ? Astrologiquement (il n’en parle pas, mais je trouve cela intéressant), cela correspond à ce qu’on appelle l’opposition d’Uranus : Uranus, la planète de la liberté et de la rébellion, est une planète lente, qui met environ 84 ans à faire le tour du zodiaque ; aux alentours de la quarantaine, Uranus céleste se retrouve opposé à l’Uranus de notre thème natal, et c’est ce qui engendre ce besoin de remise à plat, voire de prise de liberté, et bien sûr cela secoue plus ou moins selon sa position en maison et en signe.

Bref : la transition de milieu de vie est une nouvelle étape de notre développement en tant qu’être humain, au cours de laquelle on se questionne sur le sens de la vie, on remet en question ce qu’on a vécu jusque-là, on désire changer certaines choses, que cela se fasse de manière progressive, ou de manière plus brutale, suite à un événement extérieur qui vient accélérer le processus, le mettre en lumière, mais ne le provoque pas, contrairement à ce qu’on pense parfois. Chez moi, ça a été brutal, même s’il s’agissait d’un bel événement.

Le processus d’individuation

Selon Jung, le processus d’individuation, qui est le processus de toute la vie, consiste à devenir la personne que nous sommes vraiment au fond de nous, et à se réaligner avec l’authenticité de notre être, le Soi. Il ne doit pas être vécu passivement, mais accueilli et vécu consciemment, et se fait en cinq étapes qui ne sont pas nécessairement chronologiques ni surtout linéaires.

La phase d’accommodation

On s’adapte aux désirs des autres et aux circonstances de la vie, pour trouver sa place. On devient qui on croit devoir être pour exister, en faisant taire ses désirs et ses aspirations profondes. C’est ainsi que se crée la persona, le masque que l’on met pour répondre aux attentes, ce qui nous oblige à sacrifier certains aspects de nous, qui vont se retrouver dans notre ombre. L’ombre, sur laquelle j’ai déjà pas mal réfléchi, c’est tout ce qu’on ne choisit pas dans la première partie de notre vie parce que cela était en conflit avec la persona, et cela concerne aussi bien les pulsions dangereuses que les rêves et les projets.

C’est comme cela qu’on choisit un travail alimentaire qui ne nous plaît pas mais qui correspond à ce que la société attend de nous, avoir un travail et gagner un salaire, et que l’on range tristement ses aspirations réelles sous un tapis. Christophe Fauré dit qu’on s’en accommode relativement bien, j’apporterais la nuance que pour ma part cela n’a jamais été le cas, j’en ai souffert dès le début, de faire un travail qui ne me plaisait pas.

La phase de prise de conscience

C’est là que débute la transition : le constat que quelque chose (voire tout) ne nous convient pas.

Le face à face avec la réalité

C’est une phase de deuil, qui peut être difficile, car il est alors nécessaire de mourir à la personne que l’on a été, mais aussi à la vie que l’on n’a pas vécue. L’ombre émerge de manière anarchique, ce qui peut prendre l’allure d’une zone de fortes turbulences.

Le début de l’intégration : élaborer un « je suis » aligné

Il est alors nécessaire de s’ajuster avec soi-même, dans un mouvement qui n’est pas linéaire mais plutôt spiralaire, afin d’intégrer ce qui ne peut pas être changé, changer ce qui peut l’être, et choisir à nouveau sa vie, mais cette fois de manière consciente et active.

C’est un temps long, qui impose un nécessaire retour sur soi d’introspection, afin de réunir en un tout les différentes composantes de notre être et nous rendre entier, et pour cela, il faut être patient (ce que je ne suis pas tellement). La croissance et l’intégration nous rendent vulnérable (on peut utiliser la même image du homard ou du crabe sans carapace que l’on utilise pour l’adolescence), d’autant plus que le changement ne se fait pas sans résistances et peurs, qui font partie du processus et qu’il faut accueillir.

L’intégration pleine de toutes les dimensions de notre être

On sort de la phase de transition, tout est organisé par le Soi qui est la quête ultime.

Les différents domaines de la vie

Si le processus d’individuation n’est pas linéaire, c’est parce que tous les domaines de la vie sont concernés, à des degrés divers, et que tous les dossiers n’avancent pas à la même vitesse, même s’ils sont interdépendants les uns des autres : nous sommes donc invités, lors de cette phase de transition, à réévaluer notre lien au corps et les éventuelles maladies qui peuvent survenir lors de cette période, le couple et l’amour, la relation avec les enfants et les parents, et bien sûr la vie professionnelle.

Cette dernière est pour ma part mon plus gros dossier : mon opposition d’Uranus s’est d’ailleurs faite sur mon Milieu du ciel, celui de la carrière, et en Taureau il est venu mettre en lumière un besoin de faire quelque chose qui soit en lien avec l’esthétique et l’art. Je le savais déjà, je n’ai jamais aimé mon métier, et j’ai été percutée par cette phrase, tellement vraie dans mon cas :

Nos choix d’enfants et d’adolescents sont rarement l’expression de nos véritables désirs, beaucoup sont des désirs d’emprunt ou le fruit de concours de circonstances.

Concours de circonstances, c’est exactement ça, et il n’est donc pas étonnant que beaucoup de monde cherche à se reconvertir lors de cette phase, car, aspirant à davantage de plénitude et de sens, on souhaite changer d’axe : ce n’est pas facile, mais pas impossible.

Une vie plus alignée et riche

Quelles qu’en soient les modalités et la violence, la transition du milieu de vie consiste à construire un pont vers l’avenir afin de ne plus être la victime passive des circonstances de la vie, mais au contraire être proactif, c’est-à-dire décider de ce que nous voulons vivre, en ouvrant le champ des possibles. Un bilan s’impose : qu’est-ce que je garde ? qu’est-ce que je modifie ? qu’est-ce que je jette ? qu’est-ce que je fais entrer ? et ce dans chacun des domaines : la relation au corps, la vie affective et amoureuse, la relation aux enfants, la relation aux parents, la vie professionnelle, la vie personnelle et la spiritualité.

Pour faire ce bilan, j’ai construit un petit outil tout simple mais qui m’a beaucoup aidée :

Je me suis d’ailleurs rendu compte que le but de mes ouvrages de développement personnel était bien celui-là : m’aider à traverser cette phase, et à partir de ma propre expérience, aider les autres, notamment l’Invitation à un voyage introspectif, qui s’appuie sur la psychologie positive, dont Christophe Fauré parle également :

Conclusion

Comme on peut le constater, cet essai m’a profondément nourrie, et m’a aidée à faire le point avec moi-même. Je me suis rendu compte que j’étais plutôt sur la fin de l’intégration, car je me sens plutôt alignée (alignement sera mon mot de l’année 2025) et au clair avec moi-même : mon bilan avec les axes de transformation est plutôt positif, il y a beaucoup de choses qui me plaisent dans ma vie et que je veux garder, ce que j’ai un peu tendance à oublier à cause du gros truc pénible que je veux virer et qui s’incruste, mais certains événements récents (désagréables mais nécessaires) me font sentir qu’ »on » me pousse vers la sortie. Il y a aussi des choses que je veux ajouter, des expériences que j’ai envie de vivre, mais pour cela, j’ai encore tout le reste de ma vie !

Un essai éclairant et encourageant, que je conseille à tout le monde, quelle que soit l’étape à laquelle vous en êtes : il m’aurait été utile avant, pour comprendre ce qui allait se produire, au début, pour avoir quelques armes (mais je les a construites moi-même et c’est bien aussi), mais je suis heureuse de l’avoir rencontré vers la fin, pour faire le grand bilan !

Maintenant ou jamais ! La vie commence après 40 ans (lien affilié)
Dr Christophe FAURÉ
Albin Michel, 2011

4 réponses à « Maintenant ou jamais ! du Dr Christophe Fauré »

  1. Avatar de Miss Zen

    Merci pour cet outil et cette recommandation de lecture : très utiles pour clarifier mes pensées et mes envies dans une période charnière pour moi.

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    1. Avatar de Caroline Doudet

      Oui, c’est vraiment un bon outil de bilan, et très simple !

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  2. Avatar de La maison sur la place, de Nathalie Longevial – Caroline Doudet

    […] lecture a été marquée par une synchronicité : je l’ai commencé alors que je lisais aussi Maintenant ou jamais, et j’ai été frappée par le fait que la transition du milieu de vie, accélérée et mise […]

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  3. Avatar de Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est – Caroline Doudet

    […] leur véritable place. Il serait temps : je commence à être clairement épuisée par cette transition du milieu de vie que j’aurais plutôt tendance à appeler crise. Je voudrais enfin sortir de cette phase de […]

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