Cela fait quelque temps que je ne vous avais pas proposé d’Instant poétique, et aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de Sappho.
Sappho est une des sorcières de la littérature et probablement une des plus fascinantes : poétesse lyrique de la Grèce antique, elle écrivait il y a 2500 ans, et pourtant nous connaissons encore son nom. Ses œuvres moins, elles ne sous sont parvenues que par fragments, et pourtant, pour toute autrice, elle représente un modèle, car elle est l’une des premières voix féminines en littérature (la première étant Enheduanna, dont nous reparlerons un jour). Et son talent était tel qu’elle était admirée et respectée de tous.
Sappho écrivait l’amour, le désir, la passion, l’être aimé, qu’il soit un homme ou une femme. C’est d’elle que l’on tient le nom saphisme pour désigner l’homosexualité féminine, que l’on appelle aussi lesbianisme, Lesbos étant l’île où elle a vécu, mais son chant est universel. Il parle à tous ceux qui aiment et désirent.
Grande prêtresse de l’amour, Sappho est donc la patronne des autrices et en particulier de celles qui ont fait de l’amour et du désir leur sujet. Et aujourd’hui, je voulais partager avec vous son sublime Hymne homérique à Aphrodite, un modèle du genre, dans lequel elle prie la déesse pour que la jeune fille qu’elle désire réponde à son amour :
Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames,
je t’implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts ou chagrins affliger mon âme.
Mais viens ici, si jamais autrefois entendant de loin ma voix, tu m’as écoutée, quand, quittant la demeure dorée de ton père, tu venais, après avoir attelé ton char, de beaux passereaux rapides t’entraînaient autour de la terre sombre, secouant leurs ailes serrées et du haut du ciel tirant droit à travers l’éther.
Vite ils étaient là. Et toi, bienheureuse, éclairant d’un sourire ton immortel visage, tu demandais, quelle était cette nouvelle souffrance, pourquoi de nouveau j’avais crié vers toi,
Quel désir ardent travaillait mon cœur insensé : Quelle est donc celle que, de nouveau, tu supplies la Persuasive d’amener vers ton amour? Qui, ma Sappho, t’a fait injure ?
Parle : si elle te fuit, bientôt elle courre à toi ; si elle refuse tes présents, elle en offrira elle-même ; si elle ne t’aime pas, elle t’aimera bientôt, qu’elle le veuille ou non.
Cette fois encore, viens à moi, délivre-moi de mes âpres soucis, tout ce que désire mon âme, exauce-le, et sois toi-même mon soutien dans le combat.
Tout amoureux ou amoureuse ne peut que comprendre ces mots…
Quant au tableau qui illustre l’article, il s’intitule Sappho inspirée par l’amour, et a été peint par Angelica Kauffmann en 1775. Il représente la poétesse en train d’écrire les premiers vers de son hymne (ceux qui lisent le grec pourront donc avoir la version originale), Eros penché vers elle et lui soufflant des idées. Une magnifique représentation de l’inspiration poétique !
(Au moment de publier l’article, je viens de me rendre compte qu’il y a un an exactement, j’avais déjà consacré un Instant Poétique à Sappho : encore une fois, je manque parfois de mémoire, mais pas de suite dans les idées).








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