Morgane : fée puissante, sorcière savante, femme libre, d’Emanuele Arioli

Dans un monde dominé par les hommes, Morgane brave les interdits. Elle refuse les rôles que la société lui impose et lutte pour exister. Elle se réinvente à l’ombre des forêts, puis fonde une communauté féminine sur l’île d’Avalon. Un havre de sororité et de magie. Elle y bâtit ainsi son rêve de liberté, son monde idéal. Par sa résistance, sa passion et sa souffrance, elle rejoint les grandes figures de la littérature tragique. Cette femme révoltée et insoumise devient aussi une héroïne moderne : celle qui dérangeait au Moyen Age séduit aujourd’hui par son courage, sa liberté et sa combativité.

J’ai fait rencontré la « fée » Morgane lorsque j’avais 15 ans et que j’ai découvert deux récits que j’ai depuis lu et relu, et qui ont profondément influencé ma spiritualité et ma vision du monde : Les Dames du Lac et les Brumes d’Avalon, de Marion Zimmer Bradley. Prêtresse d’Avalon défendant l’ancienne religion les femmes sont puissantes face au christianisme, elle m’a immédiatement plu par son courage et son esprit de liberté, sa sensualité et sa dévotion à l’amour y compris dans sa dimension charnelle, et lorsque je suis tombée sur cet ouvrage, qui s’intéresse à la figure de la fée sorcière dans les manuscrits médiévaux, j’ai immédiatement été séduite par l’idée : redonner sa voix à cette figure souvent mal considérée et mise à l’arrière-plan.

Le texte se présente donc comme un montage de manuscrits, fruit d’une véritable chasse aux trésors : médiéviste, Emanuele Arioli a compulsé de nombreuses versions des manuscrits arthuriens (puisqu’évidement, il n’y a pas de roman de Morgane : elle n’est qu’une figure secondaire et n’a as droit à sa propre histoire) et les a rassemblées de manière a donner un récit à peu près complet et cohérent, tout en faisant également travail d’écrivain et en offrant une parole poétique à Morgane.

Le fait est que le travail minutieux du chercheur qui vise à réhabiliter une figure maltraitée se heurte à l’abominable misogynie des textes. Le problème, pour le moyen âge, c’est que Morgane incarne la femme qu’il ne faut pas être : femme puissante liée aux anciennes religions que le christianisme veut détruire, femme savante, elle ne se laisse pas faire, se révèle une grande amoureuse, et si elle s’oppose à son frère le roi Arthur, la haine qu’elle lui voue est somme toute légitime : Morgane est avant tout une victime de la violence patriarcale, et elle ne fait que se défendre et affirmer sa liberté d’être.

Néanmoins, le travail de l’auteur permet d’aborder cette figure, que je trouve très proche de celle de Circé, d’une autre manière, et j’ai particulièrement aimé les poèmes où il lui donne la parole :

Et qu’ils le sachent :
Je suis bien vivante.
car je suis la vague qui engloutit les navires.
Je suis la tempête qui rugit au loin.
Je suis la colère de celles qu’on a vendues, violées et torturées.
Je suis plus ancienne que leurs trônes,
Mais mon nom est nouveau :
Morgane.

A noter aussi la grande richesse visuelle de l’ouvrage, que ce soit grâce aux enluminures d’époque ou aux illustrations originales.

J’ai donc pris beaucoup de plaisirs à redécouvrir la figure de Morgane, vue ici comme une figure du féminin puissant. Je ne connaissais d’ailleurs par certains épisodes, je dois avouer que certains m’ont agacée (à cause de leur misogynie) mais j’ai vivement apprécié l’originalité de cet ouvrage.

Morgane : fée puissante, sorcière savante, femme libre (lien affilié)
Emanuele ARIOLI
JC Lattès, 2026

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