Il me semble qu’il faut réfléchir avant tout à une chose : pourquoi la romance plaît-elle autant, si fort, depuis si longtemps ? D’où vient la honte qui entoure le goût pour la douceur, pour l’amour et pour la paix qu’elle procure ? Qui est bénéficiaire de cette honte ?
Je ne lis pas tant que ça de romance stricto sensu, mais c’est un genre que j’apprécie, et je me suis d’ailleurs récemment mise en tête d’en écrire une. Enfin, récemment, pas vraiment : le projet date de 2017-2018, mais je l’avais laissé de côté pour plusieurs raisons, dont celle que l’écriture du Truc prenait tout mon espace créatif. Mais samedi, j’ai eu envie de m’y remettre, assez soudainement, et parmi le faisceau d’éléments m’ayant conduite à cette décision, j’imagine que la lecture de cet essai est très importante.
Le but de Christine Van Geen est de réhabiliter la romance, définie comme une histoire d’amour qui finit bien, un genre qu’il est de bon ton de traiter avec un mépris sarcastique, mais qui a pourtant beaucoup de vertus. Et au premier plan celle de nous faire du bien, et si la romance contemporaine est un véritable raz-de-marée éditorial, ce n’est pas sans raison. Après s’être intéressée à l’histoire du genre et à ses tropes, elle étudie cette manie curieuse de vouloir à tout prix dévaloriser le genre, sans doute parce qu’il pose la question du désir féminin — ce qui fait donc de la lecture et l’écriture de romance un choix politique :
Eternel problème du désir des femmes, qui ne peux pas être laissé en paix sans faire l’objet de jugements par des hommes angoissés de leur propre virilité. Désir qu’il faut sans fin rabaisser, écraser, rendre honteux, pour rassurer le genre masculin.
Tout un chapitre est consacré à la Dark romance, et aux raisons de son succès — et à son utilité : celle de dire le tabou, l’interdit, d’expérimenter les limites et une violence que l’on eut contrôler. Tout comme les contes, la Dark romance vient d’un besoin de se confronter à notre ombre, une violence présente dans notre psyché et dans nos mémoires, afin de transformer le rapport que nous entretenons avec elle. Elle a donc une valeur fantasmatique, la fin heureuse venant modifier le scénario traumatique afin de se le réapproprier.
La romance est donc finalement une utopie, qui sert d’antidote à l’angoisse de notre époque, et redonne le désir de vivre en dépit de la dureté du monde. Le trope « fin heureuse » viendrait s’opposer à ce qui se passe dans le monde réel, où les fins sont surtout malheureuses, et si elle nous plaît, c’est surtout comme échappatoire, l’amour étant finalement le seul antidote à la violence du monde.
Un essai passionnant, appuyé sur de nombreuses sources, et exemples, et certaines analyses sont réellement très fines et pertinentes.
Il m’est néanmoins arrivée de ne pas être d’accord, et notamment sur la fin : pour l’autrice, la fin heureuse et irréaliste de la romance s’oppose à la fin malheureuse du réel, et si on lit de la romance c’est pour s’échapper. Pour moi c’est l’inverse. C’est peut-être parce que ma vie oublie souvent d’être vraisemblable dans ses rebondissements, mais enfin pour moi, la fin heureuse de la romance n’est pas irréaliste (pas toujours, en tout cas), elle est là pour redonner espoir dans le monde réel, et insuffler l’énergie pour remettre l’amour là où il doit être : au centre. Ce que l’autrice d’ailleurs semble aussi penser, et j’ai trouvé qu’elle n’était pas toujours très cohérente.
Néanmoins, malgré ces légers points de désaccord, j’ai trouvé la lecture de cet essai très enrichissante. Je n’écrirai et ne lirai plus de romance de la même manière !
Love Stories. Pourquoi les romances nous font du bien. (lien affilié)
Christine VAN GEEN
Les Arènes, 2026








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