Je me demandais l’autre jour pourquoi nous étions tous (ou presque) fous curieux des carnets et journaux des autres : je n’ai pas la réponse, mais je ne peux que constater que, dès que je parle de mon journal poétique, les regards s’allument, et que les articles sur le sujet sont parmi ceux qui attirent le plus de monde (les articles les plus lus restant les « En mots et en images », et je ne peux m’empêcher d’y voir un lien). Et moi-même, je n’aime rien tant que lorsqu’une créatrice de contenu ou tout autre individu d’ailleurs nous montre ses carnets, ses journaux et tout son écosystème.
Il y a pourtant là quelque chose de paradoxal : un journal n’est-il pas supposé être intime ? Privé ? Rien que pour soi ?
Et en même temps, nous sommes tous humains, et chaque expérience particulière, pourtant unique, peut résonner chez les autres. Parfois, le plus intime est aussi le plus universel, comme l’écrit notre Victor Hugo national dans la préface des Contemplations :
L’auteur a laissé, pour ainsi dire, ce livre se faire en lui. La vie, en filtrant goutte à goutte à travers les événements et les souffrances, l’a déposé dans son cœur. Ceux qui s’y pencheront retrouveront leur propre image dans cette eau profonde et triste, qui s’est lentement amassée là, au fond d’une âme.
En avril, j’ai participé à un des cercles d’écriture de Géraldine Dormoy, qui prenait le sujet sous un autre angle, et nous invitait à nous interroger sur le fait de documenter sa vie : le journal n’y était plus seulement pour soi, mais permettait de faire un portrait de soi et de son époque à destination, pourquoi pas, des autres. Comment, et pourquoi alors archiver sa vie ?
En tant qu’écrivaine, je ne peux pas m’empêcher de penser, lorsque j’écris, que mes journaux font partie de mon œuvre, et que peut-être, un jour, ils intéresseront des gens : mon expérience est donc, sans doute, biaisée par rapport à ceux qui ne destinent pas forcément leur histoire à la postérité (même si cette postérité ne s’étendra peut-être pas au-delà de celle que j’ai choisie pour héritière, et qui s’amusera peut-être à lire après ma mort les journaux de « tata Caro »). Mes journaux sont ma manière première, puisque j’écris sur l’intime, mais aussi une œuvre parmi les autres, peut-être pas la plus importante, comme Anaïs Nin, mais une oeuvre réelle, qui a ceci d’intéressant qu’on ne pourra pas m’y accuser d’avoir réécrit le réel (ce qu’on pourra faire, éventuellement, avec le Truc). Certaines choses de ma vie ne sont pas vraisemblables, je l’admets, et pourtant, elles sont vraies.
Et c’est d’ailleurs tout l’intérêt : ce que je veux transmettre, à travers mon journal comme ailleurs, c’est ma philosophie, ma vision du monde, et en particulier l’importance de l’amour, du désir, de l’érotisme, comme pulsion de vie et comme outil de connaissance de soi (et ceci est particulièrement important en ce moment que Vénus est rétrograde en Scorpion et nous invite donc au voyage d’Inanna aux enfers). Une spiritualité de l’amour amoureux, du désir, de la joie, de l’émerveillement, parce que tout participe du même mouvement : la vie.
Et c’est pour cela que, il y a cinq ans, j’ai élargi ma pratique, et suis passée du journaling assez classique à ce que j’appelle le journal poétique (qui à l’origine était uniquement artistique), un journal holistique dans lequel je fais tout : j’écris (que ce soit le bilan de mes journées où des questions d’introspection), je dessine, je colle, je peins, je tire le Tarot, etc. Je le vois exactement comme un journal de voyage à travers la vie dans son ensemble (même si mes pages mes plus riches sont celles où je sis à l’étranger).
Et je suis persuadée que cette pratique quotidienne de documenter ma vie, de l’archiver, et par conséquent l’analyser, la comprendre, m’a permis de traverser certaines périodes compliquées. Et j’ai donc plusieurs projets sur le sujet, qui sont longtemps restés à feu doux mais sont récemment passés sur feu moyen : certains sont centrés sur l’écriture, mais le « gros projet » est beaucoup plus diversifié, et j’ai hâte que ce soit prêt pour pouvoir vous en parler !
En attendant, quelques images de ce que je fais dans ce fameux journal poétique :








Et vous, vous avez une pratique d’écriture et de documentation de votre vie ?








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