Ce qu’a fait Keane est sensationnel. C’est forcément bon. Si c’était mauvais, il n’y aurait pas autant de gens pour aimer ça. (Andy Warhol)
Dès le départ, ce film ne m’enthousiasmait pas plus que ça. Mais bon, Tim Burton est un des réalisateurs auxquels je fais une confiance absolue, et j’ai dépassé mes a priori pour le voir quand même.
Margaret Ulbrich quitte son mari et s’installe à San Francisco avec sa fille, dans le but de prendre un nouveau départ. Elle essaie de vivre de son art, des portrait d’enfants sur lesquels les yeux sont surdimensionnés. Un jour où elle exécute des portraits de rue, elle fait la connaissance de Walter Keane, lui aussi peintre, et qui comme elle a du mal à vendre ses toiles.
Ils tombent amoureux, se marient, mais Walter, sentant le bon filon, se fait passer pour l’auteur des Big Eyes, prétendant que le succès ne serait pas le même si on savait qu’ils ont été peints par une femme. Et, de fait, le succès des toiles devient monumental.
Le film ne manque pas d’intérêt dans les thèmes traités, l’art et la place de la femme dans la société.
La thématique artistique notamment permet d’interroger les notions de valeur : les tableaux sont immondes (il faut bien être honnête, c’est laid !) mais ont du succès, notamment parce que Walter sait y faire niveau marketing et qu’il comprend vite l’intérêt des reproductions, vendues à bas prix un peu partout : l’inverse du ready made, finalement, et cette réflexion est assez finement amenée, lorsque Margaret achète une boîte de Campbell Soup avant de tomber nez-à-nez avec des reproductions de ses tableaux en tête de gondole d’un supermarché.
D’ailleurs, avec la citation que j’ai mise en exergue, le film entier semble placé sous l’égide de Warhol.
Peut-on alors parler d’art ? C’est une des grandes questions, et il est difficile d’y répondre : Walter n’est très certainement pas un artiste, c’est un petit escroc, Margaret en revanche a une âme d’artiste et d’ailleurs son travail évolue vers quelque chose d’assez intéressant.
L’autre sujet du film, c’est la femme : l’idée est tout de même qu’une femme ne peut pas être autonome, encore moins artiste, dans cette société étriquée du début des années 60, et le film raconte aussi la descente aux enfers d’une femme dans son couple.
Margaret semble d’ailleurs avoir du mal avec la notion d’indépendance : elle quitte un premier mari dont on ne saura rien pour presque tout de suite tomber sous la coupe d’un second, et lorsqu’elle s’en débarrasse enfin c’est pour se faire prendre dans les filets des témoins de Jéhovah…
Bref : un bon film. Mais… où est Tim Burton ? Où est le merveilleux, l’onirisme, la poésie ?
Big Eyes
Tim BURTON
2014









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