Je vous ai sans doute déjà parlé de cette manie (ou non d’ailleurs) : collectionner les exemplaires du Petit Prince.
J’en achète au moins un exemplaire à chacun de mes voyages.
C’est une manie que je partage avec beaucoup de gens d’ailleurs : c’est le livre qui a été le plus traduit, et où qu’on aille, les librairies en ont des stocks. A Milan, j’ai carrément dû me restreindre (avec l’idée que de toute façon, je retournerai bien en Italie un jour), car la librairie que j’ai choisie le proposait non seulement en italien (dans plusieurs éditions différentes), mais aussi dans plusieurs dialectes régionaux et en latin.
Mais le fait que ce soit une collection pas si compliquée n’est pas la seule raison.
Le fait est que lorsqu’il est question de citer un livre qui a changé ma vie, c’est lui que je cite. Pas seulement pour une question de vision du monde : c’est plus exactement le premier texte que j’ai vraiment étudié, et c’est grâce à lui que j’ai découvert la puissance évocatrice de la littérature (avant j’aimais lire, mais pour les histoires racontées, pas pour le sens et la vision du monde). Et que c’était ce que je voulais faire de ma vie. C’est après cette découverte d’ailleurs que je me suis mise à écrire.
Mais j’ai percuté l’autre jour qu’il y avait autre chose. Car qui est le petit prince ? Un habitant d’une autre planète, un extra-terrestre tombé sur une terre où il n’a pas sa place parce que lui voudrait l’habiter poétiquement là où tout le monde cherche à l’habiter sérieusement, il est souvent perdu dans ses rêves et ses pensées, et il tient pour essentiel ce que les autres considèrent futile, et parfois, il se fâche parce qu’il n’est pas compris, dans ce monde où il est arrivé :
Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : « Ma fleur est là quelque part… » Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient ! Et ce n’est pas important ça !
Alors voilà : le petit prince est un être hypersensible exilé dans un monde qui ne le comprend pas et qu’il ne comprend pas, un monde où les gens voient un chapeau là où il y a un éléphant dans un boa, où les roses ne sont pas importantes et où on n’apprivoise pas les renards.
Bien sûr, c’est lui qui a raison, mais que peut-on y faire ?
Et je me demande si le vrai sujet de ce petit roman, ce n’est pas les zèbres…









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