Le temps que nous expérimentons n’a pas du tout la même substance, la même épaisseur que d’habitude, vous avez remarqué ?
C’est une sorte d’éternel présent, de minute élastique. Certains font même la comparaison avec Un jour sans fin et c’est vrai, il y a de quoi. On perd la notion du temps. C’est parce que dans notre situation finalement, le passé et le futur n’existent pas vraiment, ou pas complètement.
Pour la première fois de ma vie j’ai le sentiment de comprendre ces deux impératifs du développement personnel : vivre le moment présent, et lâcher-prise. Surtout le deuxième : ne s’accrocher à rien parce qu’il n’y a rien à quoi s’accrocher. Certains de mes projets tombent à l’eau et… ça ne m’émeut pas tant que ça, parce que je reste persuadée que c’est pour que des trucs encore mieux puissent venir.
Disons que je reste focalisée sur l’objectif final, mais plus sur ce que j’avais prévu pour y parvenir.
Pour vivre le moment présent, c’est plus compliqué. En un sens : oui, je suis plus que d’habitude dans l’instant, dans le je, ici, maintenant : lorsque je peins, lorsque je travaille sur mon journal poétique, lorsque j’écris, lorsque je lis, mais aussi lorsque je fais un peu de ménage ou lorsque je cuisine. Je ne cherche pas à accélérer le temps pour arriver aux vacances ou aux week-ends. Je vis chaque jour et je me consacre réellement à toutes mes activités.
Mais évidemment, comme tout le monde, je pense à ce que je ferai, après.
L’après immédiat, lorsque nous serons (plus ou moins) relâchés. Je veux aller me promener dans un parc, longtemps, sentir mes pas, respirer les fleurs, toucher les arbres. Je veux aller boire un verre en terrasse. Je veux aller dans un musée. Je veux revenir faire mes courses chez les petits commerçants, faire la queue et discuter avec les gens, acheter des fleurs, acheter des livres, du matériel de création.
Et puis, prendre, peut-être, quelqu’un dans mes bras et lui dire qu’il m’a horriblement manqué… et ça, ça nous emmène à l’autre après.
L’autre après, c’est l’après long. Je vois beaucoup de gens, en ce moment, faire des bucket lists : faire le pèlerinage de saint-Jacques de Compostelle, aller à New-York, sauter en parachute… les gens ont beaucoup d’idées.
Moi mon idée est plus compliquée que d’acheter un billet d’avion. Je ne vois vraiment pas comment je pourrais recommencer comme avant, à faire un travail que je ne supporte plus, qui me rend littéralement, physiquement et nerveusement malade, et à ne vivre que pour les week-ends et les vacances.
Malgré les événements, et même si c’est totalement paradoxal, je me sens beaucoup plus libre qu’avant le confinement, et j’ai réellement le sentiment d’avoir tourné enfin une page et d’en commencer une nouvelle, je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai vraiment cette intuition que c’est terminé, que rien ne sera comme avant, et que quelque chose de nouveau commence (mais ne me demandez pas quoi d’un point de vue rationnel : je n’en sais rien)…
Et vous qu’est-ce que vous allez faire après, à court ou long terme ?









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